Produit structuré
En bref
Un produit structuré est une obligation émise par une banque, dont le remboursement et les intérêts dépendent de la performance d’un sous-jacent — le plus souvent un indice boursier (Eurostoxx 50, CAC 40). Vous prêtez de l’argent à l’émetteur, et en échange, vous recevez un coupon conditionnel ou une protection partielle du capital, selon un scénario défini contractuellement à l’avance.
C’est un instrument hybride, à mi-chemin entre l’obligation et l’action. La banque émettrice vous vend un profil de risque sur mesure — ce qui peut être utile, mais implique que vous rémunériez son ingénierie financière.
Le marché est dominé par les autocalls, qui représentent l’écrasante majorité des produits distribués en France auprès des particuliers. Ils se déclinent en deux familles : l’athena (une barrière, coupon versé au rappel uniquement) et le phoenix (deux barrières, coupons versés en cours de vie), cette seconde étant la plus répandue. Les explications ci-dessous portent sur cette structure autocall commune aux deux.
Mon avis : les produits structurés ne sont ni de mauvais placements ni des placements magiques. Ce sont des outils dont l’efficacité dépend entièrement de la compréhension de ce qu’on achète. Un autocall bien compris, dans la bonne enveloppe, peut être pertinent. Un autocall souscrit sur la foi d’un taux annoncé et d’une vague notion de « protection partielle », c’est souvent une mauvaise surprise en gestation.
La différence entre les deux tient à la lecture de deux chiffres : le niveau de la barrière et le sous-jacent choisi. Et d’une troisième chose que personne ne vous montrera spontanément : l’empilement de frais qui se glisse entre votre versement et votre rendement réel (voir la section dédiée).
Comment ça marche
L’architecture d’un autocall : les trois paramètres fondamentaux
Un autocall repose sur trois éléments définis contractuellement :
1. Le sous-jacent — l’indice (ou panier d’actions) dont la performance sert de référence. L’Eurostoxx 50 et le CAC 40 sont les plus courants en France. Certains produits utilisent des indices décrement, variante importante détaillée plus bas.
2. Le coupon conditionnel — le taux d’intérêt que vous recevez si le sous-jacent respecte certaines conditions à la date d’observation. Typiquement 6 à 10 % annualisé. Il est conditionnel : si la condition n’est pas remplie, vous ne touchez rien cette année — mais le coupon peut être mémorisé pour être versé plus tard (effet mémoire).
3. La barrière de capital — le niveau de protection partielle à l’échéance. Si le sous-jacent est au-dessus de ce niveau à l’échéance (souvent 60 à 80 % du niveau initial), vous récupérez votre capital intégral. Si le sous-jacent est en dessous, vous subissez la perte proportionnellement.
La vie type d’un autocall : scénario par scénario
Prenons un produit concret, de type athena (barrière unique, coupon encaissé au rappel) : autocall sur Eurostoxx 50, coupon mémoire 7 %/an, rappel automatique si l’indice est au-dessus de 100 % du niveau initial à chaque date d’observation annuelle, barrière de capital à 60 %, durée maximale 8 ans.
Sur un phoenix, les scénarios 2 et 3 seraient différents : une barrière de coupon basse permettrait d’encaisser des coupons pendant les années de baisse, au lieu de tout suspendre jusqu’au rappel.
Scénario 1 — Rappel en année 1 (favorable) L’Eurostoxx 50 clôture au-dessus de son niveau initial à la première date anniversaire. Le produit est remboursé : vous récupérez 100 % + 7 %. Durée effective : 1 an, performance : 7 %.
Scénario 2 — Rappel en année 3 (fréquent) L’indice est en dessous en année 1 et 2 (pas de rappel, pas de coupon versé immédiatement), puis repasse au-dessus en année 3. Rappel automatique : vous recevez 100 % + 21 % (7 % × 3, grâce à l’effet mémoire). Performance annualisée : ~6,6 %.
Scénario 3 — Barrière tenue à l’échéance (neutre) L’indice ne remonte jamais suffisamment sur 8 ans pour déclencher le rappel. À l’échéance, l’indice est à -25 % par rapport au niveau initial, mais au-dessus de la barrière de 60 %. Vous récupérez 100 % — mais 0 coupon. Capital préservé, rendement nul.
Scénario 4 — Barrière franchie à l’échéance (défavorable) L’indice est à -50 % à l’échéance, en dessous de la barrière de 60 %. Vous subissez la perte intégrale de -50 %. Pas de coupon. Capital perdu à hauteur de la baisse de l’indice.
Ce quatrième scénario se produit rarement sur des indices larges et diversifiés — mais il s’est produit : l’Eurostoxx 50 a perdu 65 % entre 2000 et 2003. Il faut l’avoir en tête avant de souscrire.
L’effet mémoire : ce qui rend l’autocall attractif
L’effet mémoire est le mécanisme clé qui distingue l’autocall d’un coupon classique. Si la condition n’est pas remplie une année, le coupon n’est pas perdu — il est mis en attente. Dès que la condition est remplie (rappel ou date de paiement conditionnel), tous les coupons mémorisés sont versés d’un coup.
Cela crée un profil de rendement non-linéaire : plus le produit dure, plus le montant cumulé à recevoir augmente. Un autocall qui se rappelle en année 4 avec 6 % de coupon mémoire verse 24 % en une fois. C’est visible, tangible — et psychologiquement puissant pour les épargnants, parfois au détriment d’une analyse rigoureuse du risque.
Les grandes familles de produits structurés
Autocalls, athena et phoenix (à capital conditionnel)
La catégorie dominante du marché grand public. Structure décrite ci-dessus. Le capital est protégé jusqu’à un certain niveau de baisse, mais pas au-delà.
Deux familles se partagent le marché, et la seule chose à retenir ici tient en une phrase : l’athena ne paie qu’au moment du rappel, le phoenix paie en cours de vie.
L’athena n’a qu’une barrière (celle du rappel) et concentre tout son rendement sur une seule hypothèse, ce qui lui permet d’afficher un coupon facial plus élevé. Le phoenix ajoute une barrière de coupon basse : il continue de distribuer tant que l’indice reste au-dessus, y compris en marché baissier, et son coupon nominal est plus faible en contrepartie. C’est cette variante phoenix, souvent couplée à un coupon mémoire, qui domine aujourd’hui la distribution en France.
Le choix entre les deux dépend de votre scénario de marché, pas de votre goût du risque : rebond attendu au-dessus du niveau initial, l’athena rapporte plus ; marché sans direction pendant des années, le phoenix est le seul des deux à produire des revenus.
Le mécanisme détaillé, un exemple chiffré et le tableau comparatif complet figurent sur les pages dédiées : athena et phoenix.
Le profil de risque en une phrase : vous échangez le potentiel de hausse illimitée d’un indice contre un coupon élevé conditionnel, en conservant un risque de baisse si l’indice s’effondre profondément.
Produits à capital protégé à 100 %
L’émetteur garantit le remboursement intégral du capital à l’échéance, quelle que soit la performance du sous-jacent. En échange, le potentiel de rendement est moindre — souvent un pourcentage de la hausse de l’indice (ex. : 60 % de la hausse du CAC sur 5 ans, capital garanti).
Ces produits sont presque entièrement fondés sur des obligations zéro-coupon combinées à des options sur indice. Le rendement attendu est modeste. En période de taux bas (2015-2021), ils offraient des rendements quasi nuls — leur intérêt est plus fort en 2026 avec des taux obligataires plus élevés, qui permettent de financer des options plus généreuses.
Risque résiduel : le risque émetteur. Si la banque émettrice fait défaut, la garantie en capital n’existe plus — c’est une créance comme une autre dans la liquidation. En pratique, le risque est limité aux grandes banques bien capitalisées, mais il n’est pas nul.
Produits à capital garanti partiellement (80-90 %)
Compromis entre les autocalls et la garantie totale. Le capital est protégé à 80 ou 90 %, avec une participation à la hausse plus forte que pour les produits à 100 % de garantie. En 2026, c’est une catégorie qui regagne en attractivité.
Produits structurés indexés sur la courbe des taux (CMS)
Moins répandus mais réservés aux investisseurs qui ont une opinion sur la forme de la courbe des taux. Au lieu d’un sous-jacent boursier, le coupon est lié à un taux de référence obligataire, le plus souvent le CMS 10 ans (taux de swap à 10 ans).
Structure typique : coupon annuel = CMS 10 ans − CMS 2 ans, capé à 4%, plancheré à 0%. Capital remboursé à 100% à l’échéance (sauf défaut émetteur).
Simulation sur 8 ans — deux scénarios :
| Année | Différentiel CMS 10−2 | Coupon versé (courbe pentue) | Coupon versé (courbe plate) |
|---|---|---|---|
| 1–3 | 0,5 à 1,3 % | 0,5 % → 1,3 % | 0 % |
| 4–6 | 1,8 à 2,7 % | 1,8 % → 2,7 % | 0 % |
| 7–8 | 3,0 % | 3,0 % | 0 % |
| Total 8 ans | ~15 % cumulé (~1,9 %/an) | 0 % (perte réelle après inflation) |
Si la courbe s’aplatit ou s’inverse (comme en 2022-2023), le coupon tombe à zéro pendant toute la durée du produit. Vous récupérez uniquement votre capital à l’échéance — sans aucun rendement, et avec une perte réelle en pouvoir d’achat après inflation.
Quand ça peut avoir du sens : si vous anticipez une normalisation de la courbe des taux (retour à une pente positive soutenue) et cherchez une exposition asymétrique à ce scénario avec protection du capital. À réserver à des investisseurs avertis accompagnés par un professionnel.
L’indice décrément : le piège qui en a trompé beaucoup
Cette section est peut-être la plus importante à lire si vous êtes sollicité pour souscrire un produit structuré.
Beaucoup d’autocalls distribués en France ne sont pas indexés sur le vrai Eurostoxx 50 ou le vrai CAC 40, mais sur une version décrément : un indice fictif construit sur la même composition que l’indice de référence, mais dans lequel un dividende forfaitaire annuel fixe est déduit (souvent 5 % pour l’Eurostoxx 50).
Pourquoi ça change tout :
L’Eurostoxx 50 nu (hors dividendes) est structurellement orienté vers le bas, car les dividendes distribués n’y sont pas réintégrés. Un indice avec un décrément supplémentaire de 5 %/an part encore plus défavorablement.
En pratique, si l’Eurostoxx 50 Total Return (dividendes réintégrés) monte de 6 % en un an, l’indice décrément à 5 % ne monte que d’environ 1 %. Le produit n’est pas rappelé. Les années suivantes, le décrément s’accumule.
Pourquoi les banques l’utilisent : le décrément permet à la banque de s’approprier les dividendes de l’indice, ce qui finance des coupons plus élevés affichés sur le produit. C’est une communication opaque : l’épargnant voit un coupon de 9 %, ne voit pas que 5 % de ce coupon est prélevé sur les dividendes qu’il aurait dû percevoir dans un produit classique.
Comment le détecter : cherchez dans le nom du produit les mentions « Decrement 5% », « synthetic dividend », « avec décrément », ou une référence à un indice qui n’est pas le ticker classique de l’indice.
La barrière : tout se joue ici
La barrière de capital est le paramètre qui détermine votre exposition au risque.
| Niveau de barrière | Interprétation | Cas historiques où elle aurait été franchie |
|---|---|---|
| 70 % (baisse > 30 %) | Protège des corrections classiques | Très peu — CAC40 : seulement 2008-2009, 2020 (bref) |
| 60 % (baisse > 40 %) | Protège des crises sévères | 2008-2009 : Eurostoxx 50 -60 % au pic |
| 50 % (baisse > 50 %) | Ne protège que des effondrements extrêmes | 2000-2003 : Eurostoxx 50 -65 % |
Attention à la nature de la barrière :
- Barrière européenne : observée uniquement à l’échéance finale. Le sous-jacent peut passer sous le seuil pendant la vie du produit — ça ne déclenche pas de perte tant qu’il remonte avant l’échéance. Profil de risque plus favorable.
- Barrière américaine (ou « continue ») : observée en continu pendant toute la durée. Si le sous-jacent passe une seule fois sous la barrière, la protection est définitivement levée. Profil de risque significativement plus défavorable — la volatilité intraday du produit devient du risque réel, pas seulement de la volatilité temporaire.
La majorité des autocalls grand public utilisent une barrière européenne, mais vérifiez toujours dans le prospectus.
Le risque émetteur : la dimension oubliée
Un produit structuré est une obligation de la banque émettrice. Vous ne détenez pas des actions ou des obligations directement, vous détenez une créance sur la banque. Si cette banque fait défaut, vous perdez votre argent indépendamment de la performance du sous-jacent.
Ce risque est souvent minimisé dans la documentation commerciale et il mérite d’être évalué sérieusement.
En pratique :
- Les émetteurs sont presque toujours des grandes banques (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Natixis pour la France ; Deutsche Bank, Goldman Sachs, Citi pour les étrangers)
- Ces banques sont systémiques et font l’objet d’une supervision renforcée depuis 2008
- Le risque de défaut à court terme est faible, mais non nul sur des durées de 5 à 8 ans. L’existence de ce risque de défaut contribue en partie au rendement du produit.
Comment mitiger le risque émetteur : diversifiez sur plusieurs émetteurs si vous investissez des montants significatifs. Ne mettez pas 100 000 € sur un seul produit d’un seul émetteur. Vérifiez la notation de la banque (A- ou mieux est le minimum raisonnable).
Le sandwich de frais : qui gagne vraiment
C’est le point le moins documenté et le plus déterminant. Un produit structuré empile des rémunérations à chaque étage de la chaîne de distribution :
- la rémunération du CGP qui vous le propose
- la commission du distributeur (plateforme, banque privée)
- la marge du structureur qui construit le produit
- les frais de la banque émettrice
- les frais du gestionnaire
- les frais de l’enveloppe (assurance-vie ou PER) qui héberge le produit
- et parfois des frais d’arbitrage à l’échéance, une fois le produit échu
Aucun de ces étages n’apparaît sur la plaquette commerciale. Ils sont intégrés dans le prix de construction, donc invisibles dans la ligne de votre relevé. Les frais de structuration seuls représentent souvent 3 à 5 %, prélevés d’entrée, planqués dans le prix d’achat.
Résultat : les seuls qui gagnent à coup sûr, ce sont les intermédiaires. Comme au casino, la maison gagne toujours.
Ce n’est pas anodin non plus sur la sortie. Une fois le produit arrivé à échéance, le capital atterrit généralement sur un fonds monétaire (indexé sur l’ESTER) et il faut parfois arbitrer pour l’en sortir, avec potentiellement des frais si le contrat n’est pas bon.
Pourquoi les CGP en raffolent
Le produit structuré paie les plus grosses commissions one-shot du marché. Le conseiller touche sa rémunération à la souscription, pas à la performance. Le produit peut se rappeler en année 1 comme n’arriver à rien pendant 8 ans, l’intermédiaire est payé dans les deux cas.
Ça n’invalide pas le produit, mais ça explique pourquoi il vous est proposé plus souvent qu’un ETF obligataire à 0,15 % de frais annuels.
« Un structuré garanti à 6 %/an pour un client qui ne veut pas être exposé aux marchés »
C’est l’argument commercial le plus répandu, et il est faux.
Un produit structuré est adossé à un indice boursier. Souvent un indice synthétique maison, créé sur mesure par la banque émettrice, avec des paramètres calibrés pour que ce soit elle qui gagne au final (voir la section sur les indices décrément). Dire à un client qu’il n’est pas exposé au marché alors que toute la mécanique du produit dépend de la performance d’un indice, c’est un mensonge par omission.
Ce que la « garantie en capital » ne couvre pas
Même sur un produit réellement garanti à 100 %, la garantie est plus étroite qu’elle n’en a l’air :
Elle ne joue qu’à l’échéance. Souvent 8 à 10 ans plus tard. Si vous avez besoin de sortir avant, vous encaissez la perte sèche sur la valeur de marché du produit, garantie ou pas.
L’inflation n’est pas couverte. Pendant ces 8 à 10 ans, elle érode le capital « garanti » sans interruption. 100 % du capital nominal restitué en 2034 vaut mécaniquement moins qu’en 2026.
Les frais de gestion annuels tournent quand même. Ceux de l’enveloppe, notamment, ne s’arrêtent pas parce que le capital est garanti.
Et l’arbitrage de sortie reste à payer une fois le produit échu.
Une garantie du capital nominal à 8 ans n’est donc pas une garantie de ne pas perdre d’argent. C’est une garantie de récupérer le même nombre d’euros, ce qui n’est pas la même chose.
Avantages / Inconvénients
Les plus :
- Rendements conditionnels élevés (6 à 10 %) en cas de scénario favorable, supérieurs aux obligations classiques mais en échange d’un risque dissimulé
- Protection partielle du capital à l’échéance : vous pouvez être sur un marché stable ou légèrement baissier et récupérer votre mise
- Durée modulable et définie contractuellement : vous savez dans quoi vous entrez
- Effet mémoire : les coupons non versés sont récupérés lors du rappel
- Large gamme de profils risque/rendement : protection 100 %, 80 %, conditionnel, barrière haute ou basse
- Compatible avec l’assurance-vie et le PER : la fiscalité allégée améliore significativement le rendement net
Les moins :
- Complexité réelle vs complexité perçue : la plupart des souscripteurs ne lisent pas les prospectus et ne comprennent pas le mécanisme de barrière ou le décrément
- Illiquidité : revente avant échéance possible mais à un prix de marché défavorable (spread bid/ask élevé, valorisation opaque)
- Frais implicites élevés : les frais ne sont pas affichés comme dans un OPCVM — ils sont intégrés dans la structure du produit. La banque prend une marge à la construction qui peut représenter 1 à 3 % par an implicitement
- Risque émetteur : votre capital dépend de la solvabilité de la banque émettrice (les produits structurés sont le plus souvent émis sous forme d’EMTN), pas seulement du sous-jacent
- Indice décrément : souvent utilisé dans les produits grand public sans que l’impact soit clairement expliqué
- Pas de participation à la hausse au-delà du coupon : si l’indice monte de 40 %, vous ne percevez que votre coupon (et le capital est remboursé)
Fiscalité
Le régime standard : flat tax de 31,4 %
Les gains d’un produit structuré (qu’il s’agisse des coupons versés ou de la plus-value à l’échéance) sont des revenus de capitaux mobiliers soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) à 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux.
Exemple chiffré (autocall rappelé en année 3) : Investissement initial : 50 000 €. Coupon annuel 7 %, rappelé en année 3. Gain brut : 50 000 € × 7 % × 3 = 10 500 € PFU 31,4 % : 3 276 € Gain net : 7 224 €, soit 4,6 % annualisé net.
Est-ce que le rendement net a bien compensé le risque ? À vous de voir.
Attention à la date de perception : les coupons mémorisés et versés lors du rappel sont fiscalisés l’année du rappel, en une seule fois. Si vous êtes rappelé en décembre avec 4 années de coupons, tout est imposé dans la même déclaration. Cela peut faire saillie dans votre revenu imposable si vous êtes proches d’un plafond ou d’un avantage fiscal.
En cas de barrière franchie
Si vous subissez une perte en capital à l’échéance (barrière franchie), cette moins-value est déductible des plus-values de même nature perçues la même année ou les 10 années suivantes.
Exemple : vous subissez -20 000 € de perte sur un produit structuré. Vous avez 15 000 € de plus-values sur d’autres titres la même année.
Net imposable : 15 000 - 20 000 = -5 000 €. Ce reliquat de moins-value est reportable sur les plus-values de même nature des 10 années suivantes.
L’impact de l’enveloppe
Comme pour tous les placements, l’enveloppe change considérablement le résultat net.
| Enveloppe | Fiscalité | Rendement net estimé (coupon 7 % brut, rappel année 3) |
|---|---|---|
| CTO | Flat tax 31,4 % | ~4,6 % / an |
| Assurance-vie ≥ 8 ans (gains < abattement) | 17,2 % PS | ~5,6 % / an |
| Assurance-vie ≥ 8 ans (gains > abattement) | 7,5 % IR + 17,2 % PS | ~5,2 % / an |
| PER | IR sortie + PS | Variable selon TMI retraite |
L’assurance-vie représente un gain de 0,5 à 0,9 point annualisé sur un autocall standard. Sur un investissement de 50 000 € rappelé en 3 ans, c’est 750 à 1 350 € d’impôt économisés.
Pour en savoir plus : Fiscalité de l’épargne.
Enveloppes compatibles
| Enveloppe | Éligible | Notes |
|---|---|---|
| CTO | ✅ | Accès à tous les produits, flat tax standard |
| Assurance-vie | ✅ | Enveloppe optimale — les grands contrats proposent des produits structurés en UC |
| PEA | ❌ | Non éligible |
| PER | ✅ (selon contrat) | Disponible sur certains PER assurance en UC |
Note sur l’assurance-vie : tous les contrats ne proposent pas de produits structurés en unités de compte. C’est surtout le cas des contrats modernes ou haut de gamme (Spirica, Generali, Apicil, SwissLife).
Rendement : contexte et chiffres
Les rendements des autocalls dépendent de trois facteurs de marché au moment de la construction :
1. Le niveau des taux d’intérêt : les taux plus élevés permettent de financer des options moins chères et donc des coupons plus généreux. En 2026, avec les taux BCE à ~2,5 %, la construction est plus favorable qu’en 2021 avec des taux négatifs, moins favorable qu’en 2023 avec des taux à 4 %.
2. La volatilité implicite de l’indice : une volatilité élevée (incertitudes sur les marchés) rend les options plus chères à vendre et permet des coupons plus élevés. En 2022 (pic de volatilité), les autocalls affichaient 10 à 12 % de coupon. En 2024-2026 (volatilité plus calme), on est plutôt à 6 à 8 %.
3. Le niveau de dividendes : l’utilisation d’un décrément permet d’afficher des coupons artificiellement plus élevés en s’appropriant les dividendes futurs. À rendement affiché identique, un autocall sur indice décrément est moins favorable qu’un autocall sur indice nu.
Données historiques de rappel
Les statistiques des grands émetteurs français sur les produits commercialisés entre 2010 et 2024 :
| Durée de vie effective | Fréquence |
|---|---|
| Rappelé en année 1 | ~25 % |
| Rappelé entre année 2 et 3 | ~45 % |
| Rappelé entre année 4 et 6 | ~22 % |
| Arrivé à l’échéance maximale | ~8 % |
| Dont capital amoindri à l’échéance | ~3 % des cas totaux |
La durée de vie moyenne des autocalls distribués sur cette période était d’environ 2,8 ans. Le rendement annualisé médian réel a été de 5 à 7 % brut.
Ce que ces chiffres ne disent pas : ils couvrent une période globalement favorable aux marchés (hausse structurelle de 2012 à 2021, puis récupération rapide après 2022). Un environnement de baisse prolongée (2000-2003 ou 2008-2009 sur 5 ans) produirait des résultats très différents.
Comment évaluer un produit structuré
Cinq questions à poser avant de signer.
1. Quel est l’indice sous-jacent exactement ? Vérifiez si c’est un indice « réel » (Eurostoxx 50 Price Return, CAC 40 Dividendes Réinvestis) ou un indice décrément. La mention « Decrement 5% » ou « synthetic dividend » dans le nom doit déclencher une attention particulière.
2. Quelle est la nature de la barrière ? Européenne (observée seulement à l’échéance) ou américaine/continue (observée en permanence) ? Ce n’est pas le même risque. La barrière continue transforme la volatilité intermédiaire en risque réel.
3. Quel est le niveau de la barrière, et que représente-t-il historiquement ? Une barrière à 60 % signifie une baisse de l’indice de plus de 40 % depuis le niveau initial. Regardez combien de fois ça s’est produit sur l’indice en question sur les 20 à 30 dernières années.
4. Qui est l’émetteur et quelle est sa notation ? Ne souscrivez pas à un produit d’un émetteur mal noté (en dessous de A-) sauf si vous avez une raison précise. La garantie en capital, quelle qu’elle soit, ne vaut que si l’émetteur est solvable !
5. Quelle est la liquidité effective si j’ai besoin de sortir ? Sur les produits structurés, cet écart peut être de 2 à 5 %. Ce qui signifie qu’une sortie anticipée coûte cher même en l’absence de mouvement de marché défavorable. Mais personne ne vous donnera ce spread…
Pour qui ?
Le produit structuré est pertinent si :
- Vous avez un horizon de 3 à 7 ans clairement identifié et des fonds dont vous n’aurez pas besoin entre-temps
- Vous cherchez un rendement supérieur au fonds en euros en acceptant un risque de perte partielle en capital dans des scénarios de baisse extrême
- Vous avez une assurance-vie ancienne (> 8 ans) : la fiscalité réduite améliore sensiblement le rendement net
- Vous comprenez le mécanisme, avez lu le prospectus, et savez identifier les indices décrément
- Vous diversifiez votre épargne, le produit structuré représentant une poche, pas la totalité de votre allocation
Le produit structuré n’est PAS adapté si :
- Vous confondez la protection partielle du capital avec une garantie totale — ce n’est pas un fonds en euros
- Vous pourriez avoir besoin des fonds avant l’échéance : la sortie anticipée se fait à des conditions défavorables
- Vous n’avez pas pris le temps de comprendre le sous-jacent, la barrière et la structure exacte
- Votre conseiller ne peut pas vous expliquer clairement la différence entre un indice nu et un indice décrément
- C’est la première fois que vous investissez hors livrets : l’OPCVM obligataire ou le fonds daté sont de meilleures portes d’entrée dans le monde obligataire.
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