Livret bancaire (superlivret)
En bref
Le livret bancaire est un compte d’épargne non réglementé, ouvert librement par n’importe quelle banque. Contrairement au Livret A ou au LDDS, l’État ne fixe ni son taux, ni son plafond : chaque établissement décide.
Trois caractéristiques le définissent :
- Capital garanti et disponible : pas de blocage, pas de risque de perte, retrait à tout moment.
- Taux libre : souvent 1 à 2 % brut en régime de croisière, mais des offres de bienvenue à 4, 5 ou 6 % brut sur 2 à 3 mois.
- Intérêts fiscalisés : le PFU de 31,4 % s’applique, là où les livrets réglementés sont nets d’impôt.
C’est cette combinaison (taux d’appel élevé mais fiscalisé, sur une courte période) qui rend le produit intéressant à un moment précis, et médiocre le reste du temps.
Le comparateur de livrets recense les taux à jour, promos comprises.
Superlivret : le même produit, un nom commercial
Le terme superlivret désigne un livret bancaire dont l’offre de bienvenue est agressive. Il ne correspond à aucune catégorie juridique : mêmes règles, même fiscalité, même garantie qu’un livret bancaire ordinaire.
Le “super” ne porte que sur la durée de la promo, jamais sur le produit lui-même. Une fois les 2 ou 3 mois écoulés, un superlivret redevient un livret bancaire banal, avec le taux de base de sa banque.
Le mécanisme du taux promo
Une offre de bienvenue combine toujours quatre paramètres :
| Paramètre | Fourchette courante | Ce qu’il faut regarder |
|---|---|---|
| Taux promo | 4 à 6 % brut | Brut, jamais net : retirez 31,4 % |
| Durée | 2 à 3 mois | Courte, c’est là qu’est le piège |
| Plafond promo | 50 000 à 200 000 € | Au-delà, retour au taux de base |
| Taux de base | 0,8 à 2 % brut | Le vrai taux, celui d’après |
Le taux affiché en gros sur la publicité est toujours le premier. Le seul qui compte sur douze mois est le dernier.
Le calcul qui compte
Prenons une offre à 5 % brut pendant 3 mois, taux de base 1,5 %, sur 20 000 €.
Pendant la promo : 20 000 × 5 % × (3/12) = 250 € brut, soit 172 € net après PFU.
Les 9 mois suivants : 20 000 × 1,5 % × (9/12) = 225 € brut, soit 155 € net.
Sur l’année : 327 € net, donc un rendement réel de 1,63 % net. L’offre à “5 %” rapporte en réalité moins de 2 % si vous laissez l’argent en place.
Le même argent sur un Livret A à 1,7 % net aurait rapporté 340 €. L’offre à 5 % fait moins bien que le Livret A, dès lors qu’on ne bouge pas au bout des 3 mois.
C’est tout le modèle économique du superlivret : la banque paie cher pendant 3 mois en pariant que vous resterez.
Le seuil de rentabilité face au Livret A
La comparaison honnête se fait toujours en net. Le Livret A rapporte 1,7 % net (au 1er août 2026), sans impôt. Un livret bancaire à 1,7 % brut ne laisse que 1,17 % net.
Pour faire jeu égal avec le Livret A, un livret bancaire doit donc afficher :
1,7 % ÷ (1 - 0,314) = 2,48 % brut
Autrement dit : en dessous de 2,5 % brut, un livret bancaire est battu par le Livret A. Or les taux de base du marché plafonnent aujourd’hui à 2 % brut. Aucun livret bancaire ne bat le Livret A hors promo.
Cette arithmétique commande toute la stratégie qui suit.
Quand le livret bancaire a du sens
Trois situations, et trois seulement :
1. Vos livrets réglementés sont pleins. Le Livret A est plafonné à 22 950 €, le LDDS à 12 000 €, le LEP à 10 000 €. Au-delà, la question n’est plus “livret bancaire ou Livret A” mais “livret bancaire ou rien”. Voir Livret A plein, que faire.
2. Vous exploitez la promo, puis vous partez. Rentable si, et seulement si, vous retirez à l’échéance. Cela suppose de noter la date dans un agenda le jour de l’ouverture.
3. Vous placez une somme sur un horizon court et connu. Un apport immobilier en attente d’appel de fonds, une prime à placer 3 mois. La promo tombe pile sur la durée du besoin, et la question du taux d’après ne se pose pas.
Hors de ces trois cas, remplissez d’abord les livrets réglementés.
La garantie : FGDR, pas l’État
Le Livret A bénéficie de la garantie de l’État français, illimitée. Le livret bancaire relève du FGDR : 100 000 € par déposant et par établissement.
En pratique, la protection est solide, mais elle a deux implications :
- Le plafond est par banque, pas par livret. Trois livrets dans la même banque partagent la même enveloppe de 100 000 €.
- Chaque pays de l’UE a son fonds équivalent, avec le même plancher de 100 000 €. Un livret allemand ou néerlandais est couvert par le fonds de son pays.
Méfiez-vous en revanche des banques hors UE (Jersey, Îles Caïmans, Bahamas) : elles ne participent à aucun fonds de garantie comparable.
Fiscalité
Les intérêts subissent le PFU de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), prélevé à la source par la banque et pré-rempli dans votre déclaration. Vous n’avez aucune démarche à faire.
Si votre tranche marginale d’imposition est de 0 %, l’option pour le barème progressif peut être plus favorable : vous ne payez alors que les 18,6 % de prélèvements sociaux. L’option se coche à la déclaration et vaut pour l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers de l’année.
Traitement complet : fiscalité de l’épargne.
Le calcul par quinzaines
Point technique souvent ignoré, et pourtant décisif sur les allers-retours.
Les intérêts d’un livret bancaire se calculent par quinzaines. Un versement ne produit d’intérêts qu’à partir de la quinzaine suivante, et un retrait fait perdre les intérêts de la quinzaine en cours.
Les règles pratiques qui en découlent :
- Versez le dernier jour d’une quinzaine (le 15 ou le dernier jour du mois).
- Retirez le premier jour d’une quinzaine (le 1er ou le 16).
Un retrait mal placé coûte jusqu’à 15 jours d’intérêts. Sur 20 000 € à 5 %, cela représente 41 €, pour une simple erreur de date.
Le compte rémunéré échappe à cette contrainte : intérêts au jour le jour.
Avantages et inconvénients
Avantages
- Capital garanti, disponibilité totale, aucun frais.
- Plafonds élevés, très au-dessus des livrets réglementés.
- Taux promo réellement attractifs sur courte durée.
- Ouverture rapide, souvent 100 % en ligne.
- Cumul libre : rien n’interdit d’en détenir plusieurs.
Inconvénients
- Fiscalisé à 31,4 %, contre 0 % pour les livrets réglementés.
- Taux de base systématiquement battu par le Livret A.
- Le taux peut être révisé à tout moment, sans préavis.
- Gestion active nécessaire : la promo expire, l’argent doit bouger.
- Calcul par quinzaines, pénalisant sur les allers-retours mal placés.
Les erreurs classiques
Comparer un taux brut à un taux net. L’erreur la plus fréquente. “5 %, c’est mieux que le Livret A à 1,7 %” est faux : c’est 3,44 % net, et seulement pendant 3 mois.
Oublier la date d’expiration. C’est le pari de la banque, et il est gagnant la plupart du temps. Sans date en agenda, la promo devient un taux de base médiocre.
Ouvrir un livret bancaire avant d’avoir rempli le LEP. Le LEP à 2,5 % net, sous conditions de revenus, bat tout livret bancaire hors promo. Vérifiez votre éligibilité d’abord.
Négliger le plafond de la promo. Une offre à 6 % plafonnée à 50 000 € ne rémunère à 6 % que les 50 000 premiers euros. Le reste tombe au taux de base.
Dépasser 100 000 € dans une même banque. Au-delà, le surplus n’est plus couvert par le FGDR.
Pour qui ?
Pertinent si vous avez saturé vos livrets réglementés, que vous placez une somme sur un horizon court et identifié, et que vous acceptez de gérer activement la date de sortie.
Peu pertinent si vos livrets réglementés ne sont pas pleins, si vous cherchez un placement à laisser dormir, ou si l’idée de surveiller une date d’échéance vous rebute. Dans ce cas, le Livret A fait mieux, sans effort et sans impôt.
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