Placer absolument sans risque

Vous avez une somme à placer et une contrainte absolue : zéro perte en capital, quoi qu’il arrive.

Votre Livret A est plein, vous voulez la sécurité maximale, quitte à abandonner le rendement.

C’est le cas pour un achat immobilier dont les fonds sont destinés au notaire, un capital préservé pour des frais de santé, ou une trésorerie à l’abri d’une récession sévère.

Mais satisfaire cette exigence demande de comprendre une chose essentielle : il n’existe pas de placement sans risque : seulement des placements dont le risque repose sur une contrepartie plus ou moins solide.

Ce que vous allez faire, c’est choisir les garants les plus solides qui existent.

Pour avoir la meilleure garantie possible, il faudra utiliser :

  • Livrets réglementés (LA, LDDS)
  • Dépôts garantis par une banque, soumis à garantie du FGDR
  • Fonds en euros en assurance-vie garantis par l’assureur, soumis à garantie par le FGAP

Nous allons voir comment identifier les garanties réelles, les combiner pour couvrir des montants importants, et où se situent les limites.


La question clé : qui donne la garantie ?

Tout placement “sans risque” repose sur un garant. Il y en a fondamentalement trois en France :

1. L’État français : via la Caisse des Dépôts pour les livrets réglementés. C’est la garantie la plus forte qui existe dans l’économie française. Si l’État fait défaut, l’ensemble du système financier est en crise.

2. Une banque : via le fonds de garantie des dépôts (FGDR). Votre argent est garanti par la banque qui le détient, et en cas de défaillance de celle-ci, par le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution jusqu’à 100 000 € par déposant et par établissement.

3. Un assureur : via la garantie du fonds en euros. Votre capital est garanti par la compagnie d’assurance, et en cas de défaillance, par le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP) jusqu’à 70 000 € par assuré et par compagnie.

Voyons maintenant étape par étape comment mettre en place cette stratégie de risque le plus bas possible.

Étape 1 : saturez les livrets réglementés

Avant tout, les livrets réglementés sont garantis par l’État — un niveau au-dessus des deux autres. Ils sont prioritaires.

LivretPlafondTaux net 2026Garantie
Livret A22 950 €~1,7 %État
LDDS12 000 €~1,7 %État
LEP (si éligible)10 000 €~2,5 %État

Total : 35 000 € par personne avec la garantie de l’Etat français.

Comparer les meilleurs livrets bancaires →

Étape 2 : les comptes bancaires (FGDR : 100 000 € / banque)

Ici, il ne s’agit pas d’aller voir n’importe quelle banque et de lui demander un placement garanti.

En France, tout dépôt bancaire est garanti par la banque, mais également, en dernier recours par le FGDR en cas de défaut de la banque.

En déposant dans une banque, vous êtes donc protégé à la fois par la banque et par le fonds de garantie.

En pratique, il y a également la possibilité qu’un autre établissement rachète la clientèle de la banque défaillante, et reprenne les dépôts à son compte, mais nous somme dans le scénario de risque minimal, il ne faut donc pas compter sur un scénario optimiste.

Restons sur la double garantie banque + FGDR.

Trois types de compte peuvent vous intéresser.

Un compte à terme : un dépôt à durée fixe (3, 6, 12 ou 24 mois) avec un taux fixé à l’avance. Vous bloquez l’argent, la banque vous garantit le capital et les intérêts à l’échéance. → Comparer les offres

Un livret bancaire qui fonctionne comme le Livret A : l’argent n’est pas bloqué mais rémunéré par quinzaines. Le taux est généralement inférieur à celui des comptes à terme, car la banque n’a pas de garantie de blocage.

Un compte rémunéré qui rémunère au jour le jour le solde présent sur le compte. En pratique, le calcul est quotidien mais le versement plutôt mensuel. Plus rares que les comptes à termes, car plus lourds à gérer pour les banques.

Ces comptes sont proposés par les banques classiques, mais toutes n’ont pas le même appétit pour votre épargne : certaines ne seront pas intéressées, d’autres auront au contraire des taux promotionnels.

En terme de garantie : c’est la même ! Vous pouvez donc aller vers la solution la plus rémunératrice pour vous (notamment en fonction de votre durée de blocage possible des fonds).

Comment fonctionne cette garantie ?

La garantie FGDR fonctionne par établissement. Si vous placez 100 000 € chez la Banque A et 100 000 € chez la Banque B, vous avez 200 000 € entièrement garantis : car chaque établissement est couvert séparément jusqu’à 100 000 €.

En pratique, ce montant est porté à 500 000 € si :

  • l’argent provient d’un « dépôt exceptionnel temporaire » (somme provenant d’une succession, d’une donation, de la vente d’un bien immobilier, du versement d’une indemnité suite à un dommage ou une rupture du contrat de travail…)
  • et a été encaissé moins de 3 mois avant la défaillance de la banque.

Et si l’argent provient d’une indemnité pour réparation de dommages corporels, il sera garanti sans aucune limite.

Au-delà, vous entrez dans la procédure collective avec une récupération incertaine.

Vous pouvez multiplier les banques : si vous avez 2 millions à placer, vous pouvez ouvrir des comptes dans 20 banques différentes à 100 000 € chacune. Vingt risques établissements distincts, et dans le pire des cas vingt garanties FGDR.

Vous ne mettez pas tous vos oeufs dans le même panier, mais vous élargissez le montant garanti !

Votre capital sera donc 200% garanti : par chaque banque, puis par le fonds de garantie. Seul la défaillance simultanée des deux entamera votre capital.

Étape 3 : les fonds en euros en assurance-vie (FGAP : 70 000 € / assureur)

Le fonds en euros est le compartiment garanti ou sécuritaire de l’assurance-vie. Il offre la garantie du capital avec l’effet de cliquet : les intérêts crédités chaque année sont définitivement acquis. Le solde ne peut jamais baisser.

La garantie repose d’abord sur l’assureur lui-même via son portefeuille d’actifs financiers, puis, en cas de défaillance, sur le FGAP, plafonné à 70 000 € par assuré et par compagnie.

Même logique que pour les banques : pour couvrir 700 000 € via des fonds en euros, répartissez sur 10 assureurs différents à 70 000 € chacun.

Fonds en euros : mécanique et rendement

La combinaison optimale

En jouant sur tous les mécanismes (FGDR + FGAP) et en multipliant les banques et assureurs vous couvrez des montants très importants.

Exemple pour 1 000 000 € et plus… :

  • Livrets réglementés (couple) : 30 000 € à garantie d’État

  • 10 comptes à terme dans 10 banques × 100 000 € = 1 000 000 € sous garantie FGDR

  • 5 fonds en euros chez 5 assureurs : 350 000 € sous garantie FGAP

  • Total couvert : 1 380 000 € de placements garantis

Si vous voulez uniquement du risque souverain

Certains refusent de dépendre d’une banque, d’un assureur ou d’un fonds de garantie. Ils acceptent le risque État français, et seulement lui.

Il faudra alors évidemment saturer les livrets en premier, puis acheter des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) directement sur les marchés, via un compte-titres ordinaire (CTO). Vous prêtez directement à l’État français, sans banque ni assureur dans la chaîne de garantie.

Ce que vous obtenez : un taux fixé à l’émission, garanti par l’État, versé sous forme de coupons annuels, avec remboursement du capital à l’échéance. Si vous détenez jusqu’à maturité, votre capital nominal est garanti, indépendamment des fluctuations de cours en cours de vie.

Point d’attention : si vous vendez avant l’échéance, le prix de marché peut être inférieur à votre prix d’achat (les taux ont pu monter). Pour du “sans risque” nominal, il faut détenir jusqu’à l’échéance.

Les OAT indexées sur l’inflation (OATi) : une variante qui préserve le pouvoir d’achat plutôt que le capital nominal. Le principal et les coupons sont indexés sur l’inflation française (IPC). Ce sont les seuls placements à offrir une garantie de pouvoir d’achat réel. Le rendement est plus faible en termes nominaux, car la protection contre l’inflation se paie par un moindre taux.

Comment acheter : via un compte-titres qui donne accès aux obligations. Les OAT sont cotées sur Euronext Paris ; les achats se font comme des actions. Voir : comment acheter des obligations

→ Pour en savoir plus sur le mécanisme : Obligation d’État souveraine


Solution 3 — Vous refusez le risque sur tout intermédiaire français : l’assurance-vie luxembourgeoise

Dans ce dernier scénario, nous considérons que vous chercher justement à obtenir des placements ultra-sécurisés car vous craignez la faillite de la France ou d’établissements français.

Selon la règlementation européenne, les systèmes de garantie des dépôts de chaque pays de l’UE doivent garantir au moins 100 000 € : vous pouvez donc déposer dans des établissements étrangers et profiter de la garantie offerte par chaque système.

Il existe une alternative structurellement différente.

L’assurance-vie luxembourgeoise repose sur le triangle de sécurité : les actifs représentatifs de votre contrat sont physiquement détenus par une banque dépositaire indépendante (le custodian), séparés du bilan de l’assureur. En cas de défaillance de l’assureur, vos actifs ne font pas partie de la masse faillie.

Ajoutez à cela le super-privilège : les assurés sont créanciers de premier rang, avant tous les autres créanciers de la compagnie, sans plafond. Là où le FGAP s’arrête à 70 000 €, le super-privilège protège la totalité de votre contrat.

C’est une protection fondamentalement différente : non pas un fonds de garantie avec une capacité limitée, mais une ségrégation juridique des actifs.

Inconvénient : pas de fonds en euros à capital garanti comme en France. Le contrat luxembourgeois est principalement en unités de compte. Pour du “sans risque” pur, il faut loger des supports très défensifs (monétaires, obligations courtes) via un fonds dédié. C’est possible, mais compte tenu des frais de gestion, le capital risque de très peu progresser ou de stagner. C’est toutefois une excellente garantie.

Assurance-vie luxembourgeoise : le guide complet


Ce qu’il faut retenir

Les garanties existent, mais elles ont des plafonds.

Le FGDR couvre 100 000 € par banque, le FGAP 70 000 € par assureur. Au-delà, vous êtes exposé en cas de défaillance de l’intermédiaire. La solution : diversifier les établissements.

Attention aux doublons !

La garantie porte sur les groupes bancaires. Société Générale et Boursobank : c’est le même groupe, la garantie n’est que de 100 000 € sur l’ensemble du groupe. Idem avec :

  • BNP Paribas et Hello Bank
  • Banques Populaires et Caisse d’Epargne
  • Crédit Mutuel et CIC (groupe CM-CIC)
  • Crédit Mutuel Arkéa (différent de CM-CIC) et Fortuneo

Il existe plus de 400 établissements couverts, en théorie vous pouvez obtenir des garanties sur 40 millions d’euros !

L’État français reste la garantie ultime.

Les livrets réglementés et les OAT en direct sont les seuls placements où aucun intermédiaire privé ne s’intercale dans la chaîne de garantie.


Pour quel rendement ?

Les placements réellement sans risque offrent un rendemdent proche de l’€ster selon les supports, les banques choisies et les concessions que vous faites par ailleurs (blocage des fonds pendant une durée déterminée…).

Puisque vous bénéficiez de la garantie des dépôts, trouver le meilleurs comptes à termes et livrets bancaires. Certaines banques ont un appétit particulier pour les dépôts, d’autres ont un taux promotionnnel… À voir si le jeu en vaut la chandelle compte tenu des montants que vous placerez.

Le fonds en euros a une rémunération en moyenne légèrement supérieure, mais qui n’est pas connue à l’avance.

C’est positif en termes réels si l’inflation reste basse, mais c’est loin des rendements historiques des actifs risqués.

Si votre contrainte est de ne jamais voir votre solde baisser, ces solutions sont les seules compatibles. Mais si vous pouvez accepter une très légère volatilité à court terme, quelques pourcents dans un scénario défavorable, un cran de risque supplémentaire ouvre des solutions significativement mieux rémunérées, sans pour autant exposer votre capital à des pertes importantes.

Placer à risque très faible : les options au-delà du capital 100% garanti

AV 2026
Publicité