En anglais : Zero coupon bond
Obligation zéro coupon : définition
Qu’est-ce qu’une obligation zéro coupon ?
Les obligations zéro coupon sont des titres obligataires qui ne rapportent aucun intérêt. Elles ne versent donc aucun coupon. Cependant, elles s’échangent avec une forte décote sur leur valeur de remboursement. Le profit est réalisé lors du remboursement de l’obligation à sa valeur faciale.
Points clés :
- Les obligations zéro coupon ne versent aucun coupon.
- Elles s’achètent avec une décote sur la valeur faciale et sont remboursées à la valeur faciale.
- Ce sont de bons instruments pour les investisseurs qui recherchent une plus-value plutôt que des revenus.
- Les obligations zéro coupon sont souvent utilisées dans la construction de produits structurés.
- Inutile d’attendre le terme : les obligations peuvent être revendues sur le marché, et convergent progressivement vers la valeur de remboursement.
Comprendre les obligations zéro coupon : la décote par rapport au pair
Comme on l’a vu dans l’article sur les obligations à taux fixe, plus le taux facial d’une obligation est éloigné des taux en vigueur sur le marché, plus son cours sera éloigné de sa valeur de remboursement.
Par conséquent, une obligation zéro coupon se traitera toujours (sauf taux négatifs) sous le pair — et ce d’autant plus bas que les taux de marché sont élevés.
L’intérêt pour l’investisseur réside dans la décote de ces obligations. Acheter un titre à 60 % de sa valeur et obtenir 100 % lors du remboursement permet d’obtenir un rendement.
L’écart entre le prix d’achat et le prix de remboursement crée le rendement actuariel.
Pour l’investisseur, le rendement n’est pas obtenu grâce aux coupons, mais grâce à la plus-value « mécanique » réalisée lors de la convergence vers le pair.
Un exemple d’obligation zéro coupon
Prenons un exemple : une obligation 0 % qui assure un remboursement de 1 000 € à une date fixée, par exemple le 12 octobre 2050.
Étant donné que l’obligation ne paie aucun coupon, elle se traite avec une décote sur sa valeur nominale. Ainsi, l’obligation en question peut s’acheter aujourd’hui (imaginons) à 20 % du pair. On paye donc 200 € aujourd’hui un titre qui sera remboursé 1 000 € en 2050 : on multiplie son capital par 5 en 24 ans.
Évidemment, ces obligations sont très sensibles à l’inflation : si l’inflation augmente, les investisseurs sont moins enclins à payer cher pour immobiliser leur capital aussi longtemps, et leur cours baisse.
Ces obligations sont également très sensibles aux taux d’intérêt. Dans tout l’univers des placements, c’est le produit financier le plus sensible aux taux (hors produits à effet de levier) !
(Voir aussi : duration et sensibilité.)
Obligations zéro coupon : duration et sensibilité
On peut estimer grossièrement qu’une variation de 1 % sur les taux d’intérêt se répercute en une variation de prix de −n % sur l’obligation, où n est le nombre d’années qu’il leur reste à vivre, les prix évoluant à l’inverse des taux.
Les obligations zéro coupon font partie des obligations qui ont le risque de taux le plus élevé. Autrement dit, si les taux baissent elles montent fortement (sans toutefois dépasser le pair, hors situation de taux négatifs). Si les taux montent, elles chutent fortement.
Utilisation par les investisseurs
Les obligations zéro coupon sont un excellent moyen de parier sur une baisse des taux, en gardant en tête que leur ennemi majeur est l’inflation.
En cas de hausse de taux, elles perdent de la valeur mais ce n’est que temporaire, car elles seront remboursées à la valeur convenue à l’échéance.
En cas d’inflation, c’est plus pernicieux car même si elles sont remboursées le montant convenu, la valeur réelle (le pourvoir d’achat) de ce montant aura diminué.
Obligations zéro coupon et démembrement
En réalité, peu d’émetteurs émettent des obligations à taux zéro. Le risque est bien trop élevé pour les investisseurs, qui subissent à la fois la sensibilité maximale aux taux, et qui n’ont aucun flux intermédiaire pour patienter.
Les obligations à taux 0 sont majoritairement créées par démembrement de dette publique. L’Agence France Trésor le pratique régulièrement.
Cette opération consiste à séparer juridiquement une obligation d’État en deux :
- les coupons d’un côté, individuellement (un coupon devient une mini-obligation, on parle aussi de certificat de coupon) — myriade d’obligations zéro coupon, utile pour les besoins des investisseurs.
- le principal de l’autre côté.
Chaque partie s’appelle un strip.
C’est de l’ingénierie financière saine : simplement un moyen d’adapter un produit (les obligations) à la demande des investisseurs, afin de financer l’État à moindre coût.
Obligations zéro coupon et produits structurés
Les obligations zéro coupon sont la matière première de nombreux produits structurés, car elles sont idéales pour offrir une garantie de capital à l’investisseur.
Si on trouve aujourd’hui des obligations zéro coupon à 80 % qui remboursent 100 % dans 10 ans, alors il est possible de créer un produit à capital garanti.
Pour 1 000 € versés par l’investisseur :
- le gérant achète 800 € d’obligations zéro coupon, qu’il conservera à échéance
- le gérant achète aussi 200 € d’actifs plus risqués (options, actions, etc.) qui serviront à créer la performance.
Dans le pire des cas, les actifs de performance valent 0 à terme, mais le capital de 1 000 € est garanti grâce au remboursement de l’obligation zéro coupon.
En pratique, dans tous les produits structurés, l’obligation n’est pas achetée sur le marché, mais émise par la banque promotrice du produit structuré uniquement pour ce produit.
Quelques éléments de plus
Les obligations zéro coupon ne sont que des obligations à taux fixe
Il n’existe pas de rupture franche entre les obligations à taux zéro et les obligations à taux fixe dont le taux facial est très faible.
Les mêmes formules de calcul s’appliquent, les mêmes principes économiques aussi : une obligation à taux zéro peut parfaitement être traitée comme une obligation à taux fixe dont le taux serait 0 %.
D’ailleurs, si vous recherchez la plus-value plutôt que la perception de revenus réguliers, vous avez intérêt à rechercher des obligations au taux le plus faible possible. Elles vous fourniront la majorité du rendement sous-forme de plus-value et non de coupon.
La convergence vers le pair est progressive
Il est bien entendu possible de revendre une obligation zéro coupon avant son échéance. Son prix dépend alors des conditions de marché, mais il existe une convergence vers le pair qui prend progressivement le dessus sur la sensibilité aux taux.