Comment choisir des obligations ? Quelles obligations acheter ?
Ca y est ! Vous avez ouvert un compte chez un courtier pour acheter des obligations, vous avez vérifié la liste d’obligations à laquelle il donne accès, vous avez approvisionné votre compte, reste une question :
quelle(s) obligation(s) choisir ?
Avant de regarder les critères : définissez votre besoin
On peut distinguer trois raisons d’investir en obligations :
- obtenir des revenus complémentaires
- réaliser une plus-value
- équilibrer un portefeuille d’actions
La bonne obligation, c’est celle qui permet de réaliser votre objectif.
Vous aurez à faire un choix selon deux axes :
- la durée
- le niveau de risque
Premier choix : quelle durée ?
Durée courte pour placer des liquidités en protégeant l’argent
Pour placer vos liquidités avec un profil quasi monétaire (si les taux 2-3 ans vous conviennent), visez des obligations courtes (3-4 ans).
Les obligations court terme se comportent différemment des obligations long terme (parfois presque à l’opposé) : elles sont très proche du monétaire.
Investir dans des obligations court terme est très similaire à mettre son argent dans un livret ou un fonds en euros, il faut idéalement le faire via un fonds obligataire court terme ou un fonds à échéance.
Durée moyenne pour percevoir des revenus complémentaires
Si l’idée d’un revenu pendant un certains nombre d’années vous intéresse, visez des obligations 5-10 ans.
Vous pouvez soit acheter un panier d’obligations, soit acheter un OPCVM ou un ETF obligataire (qui sera sans doute plus efficace fiscalement), à maturité ou à échéance indéfinie.
Durée longue pour tenter de réaliser une plus-value
Enfin, les obligations longues (>10 ans), voire très longues (20, 30… 100 ans) sont plus adaptées pour jouer une baisse des taux.
Vous avez un bon potentiel de plus-value en cas de baisse des taux (mais un risque élevé en capital en cas de hausse des taux)
Si c’est votre choix, pour maximiser l’effet, visez les coupons faciaux les plus faibles possible, idéalement des obligations zéro coupon qui sont les plus sensibles aux mouvements de taux.
Ou, pour diversifiez, optez pour l’ETF ayant la maturité la plus longue que vous trouverez (en zone euro : le MTG de chez Amundi)
Deuxième choix : quel niveau de risque de crédit ?
Entre des obligations souveraines très sûres (Allemagne, France) et des obligations privées, il peut y avoir 1, 2, 3% d’écart de rendement annuel.
Cela peut vous permettre de booster un peu le rendement sur la maturité choisie (par exemple, plutôt qu’une obligation d’Etat 5 ans, opter pour des obligations d’entreprise).
Tout dépendra de la qualité de signature de l’entreprise. Vous n’allez pas faire une analyse financière complète : fiez-vous aux agences de notation dans un premier temps, au moins pour savoir si vous achetez du A ou du BB.
Le marché est plutôt efficient : tous les risques sont déjà en théorie déjà dans le prix. Le rendement additionnel offert par une obligation risquée reflète correctement le risque de défaut de celle-ci, dans un portefeuille diversifié.
Cela signifie que si vous achetez peu d’obligations et optez pour des obligations risquées, vous avez en théorie un profil rendement/risque défavorable. Raison de plus pour faire bien attention à ce que vous achetez.
Mon conseil : ne mélangez pas les risques
Si vous cherchez du rendement à horizon 3-4 ans, vous pouvez aller sur des émetteurs risqués pour tenter d’améliorer le rendement.
Mais si vous visez une plus-value car vous anticipez une forte baisse des taux, alors choisissez plutôt sur des émetteurs très sûrs comme des États. Le pire serait que votre scénario se réalise (forte baisse des taux) mais dans un contexte de récession qui mettent en difficulté les entreprises !
Ne prenez qu’un risque la fois !
Les critères plus spécifiques
Senior ou subordonnée ?
C’est le plus gros déterminant du risque.
Lorsque vous investissez dans une obligation senior (les plus simples, les plus courantes et les plus sûres), vous n’avez quasiment pas à lire le prospectus : le taux coupon, la date de maturité et le prix sont quasiment les seules informations dont vous avez besoin pour savoir dans quoi vous vous engagez.
Vous aurez un profil obligataire tel qu’on l’entend habituellement (coupons réguliers, sensibilité au taux selon la maturité…).
Lorsque vous investissez dans une obligation dite “Junior”, ou subordonnée (voire super-subordonnée), vous aurez un profil hybride entre obligation et action : vous ne serez pas sensible au taux comme une obligation habituelle, vos coupons seront payés ou pas payés selon la santé de l’entreprise, votre remboursement sera non-prioritaire, et vous serez beaucoup plus tributaire des clauses du prospectus.
Lire la documentation est alors indispensable puisque les règles du jeu sont spéficiques : les obligations subordonnées sont un marché complexe, où chaque investissement s’envisage au cas par cas (raison pour laquelle il y a peu d’OPCVM et très peu d’ETF sur ce segment).
Vos coupons peuvent dépendre d’une formule selon la forme de la courbe des taux, ils peuvent être payés uniquement lorsque l’entreprise paye un dividende, etc. N’achetez jamais une subordonnée sans avoir ces infos !
Le cas des obligations en devise
J’aurais pu en faire un premier critère. Jusqu’à présent, j’ai considéré que vous investissiez dans votre propre devise (pour l’exemple : l’Euro).
Si vous investissez sur une autre devise, vous aurez une autre courbe de taux. Peut-être que les taux directeurs et les taux longs de la devise sont plus élevés que ceux de l’Euro, ce qui donne une illusion de rendement supérieur.
Mais le marché étant relativement efficient, lorsque les taux sont plus élevés, c’est (en simplifiant) parce que le marché anticipe une dévaluation de la devise à hauteur de l’écart de taux.
Autrement dit, entre :
- placer à un an en euros à 4%
- et placer en pesos mexicains à 10%
Cela revient sensiblement au même ! Le marché anticipe en effet que la devise mexicaine se dévaluera probablement de 6% d’ici un an face à l’euro.
Vous aurez certes 110% de votre somme initiale, mais ramenée en euros, vous aurez 104%… et vous aurez pris du risque our rien.
Bien sûr, la réalité est plus complexe, mais lorsque les taux locaux sont élevés, attendez-vous à une perte en capital au moment de la conversion.
Je vous déconseille les obligations en devises, sauf pour faire un pari sur l’évolution de la devise. Mais même dans ce cas, le plus simple est d’investir sur un fonds monétaire en devise locale ou sur un fonds obligataire de grande qualité à maturité très courte. Vous aurez l’exposition au risque devise sans trop d’exposition au risque de crédit.
Ne mélangez pas tous les risques !