En anglais : Yield curve inversion

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Inversion de la courbe des taux : définition

Courbe des taux inversée : définition

Une courbe des taux inversée survient lorsque les taux d’intérêt sont plus élevés sur le court terme que sur le long terme.

C’est une situation économiquement anormale. En temps normal, prêter à dix ans expose à davantage d’incertitude (inflation, défaut, immobilisation du capital) que prêter à deux ans : l’investisseur exige donc une prime, dite prime de terme, et la courbe monte de gauche à droite. Une inversion signifie que cette logique s’efface : le marché accepte un rendement plus faible pour immobiliser son argent plus longtemps.

Ce n’est jamais gratuit. Si les investisseurs acceptent cela, c’est qu’ils anticipent une baisse des taux à venir et cherchent à figer dès aujourd’hui les rendements élevés du moment.

Comment la mesurer

En pratique, on ne regarde pas « la courbe » dans son ensemble mais un écart entre deux points, appelé spread. Les deux plus suivis :

  • le 10 ans − 2 ans, la référence des marchés actions et le plus cité dans la presse financière ;
  • le 10 ans − 3 mois, privilégié par les économistes et par les travaux de la Fed de New York, statistiquement plus robuste comme signal avancé.

Quand cet écart passe sous zéro, la courbe est dite inversée. L’ampleur compte autant que le signe : une inversion à −10 points de base est un frémissement, une inversion à −100 points de base traduit une anticipation massive de baisse des taux.

Les raisons d’une inversion de la courbe des taux

Plusieurs raisons peuvent cohabiter :

  • l’offre et la demande : une forte demande d’obligations longues peut entraîner la baisse des taux sur la partie longue de la courbe. Cela peut survenir s’il y a un déséquilibre entre les acheteurs sur ce segment (des fonds de pension par exemple) et le nombre d’émetteurs.

  • les anticipations de déflation peuvent inciter les investisseurs à sécuriser des rendements jugés élevés sur le long terme en achetant des obligations longues

  • la hausse rapide des taux directeurs entraîne une hausse brutale des taux courts, jusqu’à les amener à un niveau proche des taux longs. Dans le scénario où les taux longs n’évoluent pas en parallèle à la hausse (par exemple parce que les investisseurs estiment que les actions de la banque centrale vont causer un ralentissement économique), la courbe peut se retrouver plate, puis inversée.

Ce dernier cas est de loin le plus fréquent : l’inversion est presque toujours le produit d’un cycle de resserrement monétaire agressif. C’est la banque centrale qui pousse les taux courts vers le haut, pendant que le marché obligataire, lui, parie sur le ralentissement qui suivra.

Les inversions récentes

2019 (États-Unis). Le spread 10 ans − 3 mois passe en territoire négatif dès mars, le 10 ans − 2 ans en août, au plus fort des tensions commerciales sino-américaines. La récession arrive bien en 2020, mais provoquée par la pandémie : un événement sans rapport avec le signal. L’épisode illustre la limite de l’exercice, un signal peut être « validé » par une cause qu’il n’annonçait pas.

2022-2024 (États-Unis et zone euro). L’inversion la plus profonde depuis le début des années 1980, conséquence directe du resserrement le plus rapide de l’histoire récente des banques centrales face à l’inflation post-Covid. Le 10 ans − 2 ans américain atteint environ −100 points de base à l’été 2023 et reste inversé plus de deux ans. La courbe se repentifie progressivement à partir de 2024, sans que la récession américaine annoncée par de nombreux observateurs ne se matérialise.

Cet épisode est le plus intéressant des deux : il rappelle qu’une inversion, même longue et profonde, n’est pas un verdict.

L’inversion comme annonciateur de récession

Une courbe inversée est historiquement associée à un risque de récession : elle signale que les marchés anticipent une baisse prochaine des taux directeurs, souvent consécutive à un ralentissement économique.

Le signal doit être manié avec prudence, pour trois raisons :

  1. Le délai est long et variable. Entre l’inversion et l’entrée en récession, l’histoire américaine donne des délais allant d’environ six mois à plus de deux ans. Un signal dont le calendrier est aussi flou n’est pas exploitable comme instrument de décision d’investissement.
  2. L’échantillon est très mince. On compte une poignée d’épisodes depuis les années 1960. En statistique, tirer une loi générale d’une dizaine d’observations reste fragile.
  3. Le contexte a changé. Deux décennies d’achats massifs d’obligations par les banques centrales (quantitative easing) ont comprimé artificiellement les taux longs, donc la prime de terme. Une partie de l’inversion observée peut relever de cet effet technique plutôt que d’une anticipation de récession.

Une étude de la Banque de France (lien) réexamine ce lien statistique. L’interventionnisme plus marqué des banques centrales tend à créer des situations où la sortie d’une inversion ne passe plus nécessairement par une récession.

Ce que ça change pour un investisseur obligataire

Une courbe inversée pose une question concrète : faut-il privilégier le court terme, mieux rémunéré ?

C’est tentant, et c’est souvent une erreur. Placer à 3 mois à un taux élevé expose au risque de réinvestissement : à l’échéance, si la banque centrale a commencé à baisser ses taux (ce que l’inversion anticipe précisément), vous replacez à un taux nettement inférieur. L’obligation longue, elle, fige son rendement pour toute sa durée et voit son cours monter quand les taux baissent.

Autrement dit : une courbe inversée rémunère mieux le court terme aujourd’hui, mais c’est le long terme qui profite du scénario que cette même courbe annonce. C’est l’un des rares moments du cycle où allonger la duration se paie d’un rendement immédiat plus faible, en échange d’un gain potentiel plus élevé.

Pour aller plus loin

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