Faut-il vendre des obligations à taux faible pour en acheter à taux plus élevé ?

Question :

Mon banquier me propose des obligations à 6% nouvellement émises par la banque. Selon lui il serait pertinent de revendre mes anciennes obligations (à 4%) achetées il y a 5 ans pour acquérir les nouvelles. Que dois-je faire ?

Réponse :

Pour une réponse éclairée, il faudrait avoir toutes les caractéristiques de chacune de ces obligations :

  • leur échéance respective
  • le prix de revente possible des anciennes obligations
  • le prix d’achat des nouvelles.

Sans ces éléments, on ne peut rien dire !

Pour une réponse complète, il faudrait aussi tenir compte de votre situation personnelle (besoin de liquidté proche ou pas, sensibilité au risque) et fiscale.

Néanmoins, nous pouvons vous apporter les éléments suivants :

Le taux facial ne doit jamais être un critère de sélection

Vendre des obligations au seul motif que leur taux facial est inférieur à celles nouvelles nouvellement émises n’est jamais une raison valable.

Rappelons que le taux facial est le taux qui détermine les coupons de l’obligation. Par exemple, une obligation de nominal 1000 € et de taux facial 6% distribue des coupons de 60 € chaque année.

Mais c’est le taux actuariel qui détermine combien rapporte réellement l’obligation.

La différence ? Ce dernier tient compte de la durée qui sépare de l’échéance, et surtout de l’éventuel gain ou perte qui sera réalisé lors du remboursement.

Intuitivement, je pense que vos obligations anciennes se traitent probablement avec une décote, car si les nouvelles sont à 6%, le taux des anciennes est moins compétitif. Mais qui dit décote, dit aussi taux actuariel supérieur au taux facial.

Si vous vendez vos obligations aujourd’hui, vous ferez une moins-value.

Et c’est normal : l’acheteur exigera une décote pour tenir compte du différentiel de coupon. Autrement dit, le prix de vos obligations s’est déjà ajusté, de façon à offrir, à l’avenir, un rendment équivalent aux nouvelles. Il n’y a donc aucun intérêt.

À savoir : Pour un même émetteur et une même maturité, les obligations ont toutes le même taux actuariel.

Certes, vos obligations rapportent 4% de coupons, mais elles se traitent aujourd’hui avec une décote. Conserver les obligations, c’est profiter de la réduction de cette décote. Vendre vos obligations, c’est la figer.

Vendre une obligation à taux actuariel 6% pour acheter une obligation à taux actuariel 6% n’est donc pas intéressant !

Et si les maturités sont différentes ?

Alors la réponse n’est plus la même.

Cependant, vous pouvez tout de même avoir intérêt à vendre vos obligations.

Voici un exemple : si l’obligation n’a plus qu’un an ou deux de maturité, il est possible que son taux actuariel soit faible (le “restant à gagner” est faible), surtout si la courbe des taux est normale, c’est à dire avec des taux faibles au début.

Il peut être alors intéressant de rallonger la maturité en achetant des obligations plus longues. Cela sera probablement plus rentable, mais pas à risque équivalent comme pourrait le suggérer le banquier, puisque vous augmentez la maturité.

En effet, deux facteurs de risque augmentent alors :

  • le risque de taux (durée plus longue = sensibilité de l’obligation plus élevée, et donc risque supérieur des moins-values si vous vendez en cours de route),
  • le risque de crédit (durée plus longue = plus grande probabilité de défaut de l’émetteur).

L’opportunité dépendra de facteurs personnels. Il faut réévaluer vos besoins (êtes vous prêt à vous engager à nouveau sur une durée longue ?) pour savoir si c’est pertinent.

Voir aussi :

AV 2026
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