Avis Spiko : le fonds monétaire sans compte-titres
Spiko est une fintech française créée en 2023 qui distribue des fonds monétaires agréés par l’AMF, souscrits au nominatif et gérés depuis une interface web ou une API. Le produit sous-jacent n’a rien d’exotique : ce sont des bons du Trésor à court terme, comme dans n’importe quel fonds monétaire. Ce qui se juge ici, c’est la plateforme.
Attention toutefois : la marque couvre aujourd’hui trois gammes aux risques très différents, des fonds souverains à un arbitrage sur futures crypto. La section « Trois offres à ne pas confondre » détaille ce qui les sépare, et c’est probablement le passage le plus utile de cet avis.
Avantages
- Pas de compte-titres à ouvrir : souscription au nominatif, directement auprès du fonds.
- Fonds souverains 100 % bons du Trésor, sans papier bancaire ni certificats de dépôt.
- Zéro frais d’entrée et de sortie, placement possible à l’euro près.
- Retrait instantané jusqu’à 500 000 € par jour, week-end compris.
- API permettant d’automatiser souscriptions et retraits.
- Interface multi-comptes et multi-utilisateurs, pratique pour donner un accès à un comptable.
- Portail de données public (encours, rendements, NAV) consultable sans compte.
- Fonds monétaires agréés UCITS AMF, dépositaire CACEIS (Crédit Agricole), audit PwC.
Inconvénients
- Frais de gestion de 0,30 %/an, contre 0,10 à 0,12 % pour un ETF monétaire classique.
- Pas éligible au PEA ni à l’assurance-vie : uniquement en direct.
- Aucune garantie FGDR : ce n’est pas un dépôt bancaire (voir plus bas).
- Acteur jeune (2023), sans historique de crise.
- Une gamme hétérogène : trois offres aux risques très différents sous une même marque.
- Peu d’intérêt pour un particulier dont les livrets réglementés ne sont pas pleins.
Ce que Spiko est vraiment
Le mot “tokenisé” fait fuir ou fantasmer, souvent à tort. Il ne s’agit pas de cryptomonnaie : les parts du fonds sont simplement inscrites sur une blockchain au lieu d’un registre classique. Le fonds lui-même est un OPCVM monétaire de droit français, agréé par l’AMF, dont les actifs sont conservés par CACEIS, filiale du Crédit Agricole. Le fonds en euros est géré par Amundi.
Autrement dit : produit financier traditionnel, canal de distribution moderne. C’est le canal qui fait l’intérêt de l’offre, pas le fonds.
Le nominatif : ce que ça supprime
C’est le point le plus sous-estimé. Acheter un fonds monétaire classique suppose d’ouvrir un compte-titres, donc de choisir un courtier, de subir ses frais de courtage, parfois ses droits de garde, et de dépendre de son interface.
Chez Spiko, la souscription est au nominatif : vous détenez les parts directement auprès du fonds, sans intermédiaire. Pour une SCI, une holding ou une société qui veut simplement placer sa trésorerie sans ouvrir de compte-titres professionnel, c’est ce qui rend l’opération réellement simple.
Trois offres à ne pas confondre
C’est le point le plus important de cet avis, et celui que les présentations commerciales survolent. Spiko distribue trois gammes au fonctionnement très différent, avec des profils de risque distincts.
Spiko T-Bills : les fonds souverains
Ces fonds (EU T-Bills, US T-Bills, UK T-Bills) n’investissent qu’en bons du Trésor, avec une maturité moyenne de portefeuille inférieure à 60 jours. Le risque de crédit se limite à des émetteurs souverains, le risque de taux est très faible du fait de la maturité courte.
C’est un choix plus prudent que la moyenne de la catégorie. La plupart des fonds monétaires français détiennent aussi du papier bancaire (certificats de dépôt, billets de trésorerie d’entreprises), ce qui leur permet d’afficher un rendement légèrement supérieur au prix d’un risque de crédit sur des émetteurs privés. Ici, cette couche n’existe pas.
Smart Cash : un montage synthétique
Smart Cash fonctionne autrement, et c’est essentiel à comprendre. Le fonds détient en pleine propriété un portefeuille d’actions de grandes capitalisations cotées (principalement du S&P 500), conservé chez CACEIS. Il échange chaque jour l’intégralité de la performance de ce portefeuille avec BNP Paribas, contre le taux sans risque (€STR pour la part euro, SOFR pour la part dollar) majoré d’un spread.
Vous n’êtes donc pas exposé aux actions : le swap neutralise leur performance. Mais le mécanisme introduit un élément absent des fonds souverains, le risque de contrepartie sur BNP Paribas. Si la banque faisait défaut, le fonds se retrouverait avec son portefeuille d’actions et sans la jambe du swap qui le convertit en rendement monétaire. Les actions détenues et le collatéral limitent cette exposition, sans l’annuler.
Cash & Carry : une troisième offre qui n’est pas monétaire
Spiko déploie une gamme Cash & Carry qui change complètement de catégorie, et la confusion serait ici coûteuse.
La stratégie est un arbitrage cash and carry sur futures Bitcoin et Ethereum : achat de l’actif au comptant (conservé chez Coinbase), vente simultanée sur des contrats à terme du CME, en encaissant l’écart de prix. Chaque mois, le fonds arbitre entre portage BTC, portage ETH et bons du Trésor selon ce qui rapporte le plus. Le rendement visé est de 5 % net en euros et 7 % en dollars, sur la base de simulations rétrospectives.
Trois différences majeures avec les fonds monétaires :
- Ce n’est pas un OPCVM UCITS. C’est un fonds professionnel spécialisé, simplement déclaré à l’AMF et non agréé. Le cadre de protection n’est pas le même.
- Ticket d’entrée de 100 000 € et retraits sous 48 heures, contre l’euro près et l’instantané sur les fonds monétaires.
- Frais d’une autre nature : 1 % par an pour Marex, 0,10 % pour Spiko, plus 25 % de la surperformance au-delà du taux sans risque.
Le fonds est classé 2/7 sur l’échelle de risque réglementaire, ce qui traduit la neutralité de marché recherchée par l’arbitrage. Cette neutralité est réelle tant que la base entre comptant et terme se comporte normalement, mais elle repose sur la garde d’actifs crypto et sur un risque de contrepartie lié à Marex. Un rendement visé à 5 % en euros, à comparer aux taux monétaires du moment, indique par lui-même que le risque pris n’est pas celui d’un fonds souverain.
Ce produit peut avoir sa place dans une allocation, mais il ne relève pas de la même logique que le reste de l’offre. Ne le traitez pas comme un support de trésorerie.
Lequel choisir
Entre les deux offres monétaires, Smart Cash rend un peu plus, les fonds souverains sont un peu plus sûrs. L’écart de rendement rémunère précisément ce risque de contrepartie supplémentaire, ce qui est logique et assumé.
Pour une trésorerie qu’on veut la plus sécurisée possible, notamment une réserve de précaution d’entreprise, les fonds T-Bills sont le choix cohérent. Pour un excédent où quelques points de base comptent et où le risque de contrepartie sur une banque systémique est jugé acceptable, Smart Cash se défend. L’essentiel est de savoir lequel des deux on détient : ce ne sont pas deux variantes du même produit.
Un portail de données public
Spiko publie sur data.spiko.io un tableau de bord accessible sans compte ni identification, alimenté par son API publique : encours total et par produit, rendements sur 30 jours, valeur liquidative courante, nombre d’utilisateurs, intérêts cumulés depuis l’origine, et accès aux factsheets de chaque fonds.
C’est inhabituel. Un investisseur d’un fonds monétaire classique consulte un reporting mensuel en PDF, souvent avec plusieurs semaines de décalage. Ici, les encours et les rendements sont consultables en continu, par n’importe qui, y compris avant d’ouvrir un compte.
Précisons ce que cela couvre : il s’agit de la transparence sur l’activité des fonds, pas du détail ligne à ligne du portefeuille. Le portail ne publie pas la liste des bons du Trésor détenus avec leurs ISIN et leurs échéances. Pour cela, il faut se reporter aux documents réglementaires du fonds. La démarche reste nettement plus ouverte que la norme du secteur.
L’API : le vrai différenciant
Aucun concurrent grand public ne propose cela. L’accès programmatique permet d’automatiser les ordres de souscription et de rachat, donc de traiter la trésorerie comme un flux et non comme une décision manuelle.
Concrètement, une entreprise peut router automatiquement son excédent de compte courant vers le fonds au-delà d’un certain seuil, et le rapatrier quand le solde descend. C’est du cash management programmable, jusqu’ici réservé aux grandes trésoreries via leur banque.
L’interface multi-comptes et multi-utilisateurs va dans le même sens : donner un accès en lecture à son expert-comptable évite les exports manuels et les allers-retours par mail.
Les modalités concrètes
- Placement à l’euro près. Un ETF s’achète par part entière : une part à 105 € laisse toujours un résidu improductif. Ici, la totalité de la somme travaille.
- Zéro frais d’entrée et de sortie. Seuls les frais de gestion courent.
- Retrait instantané jusqu’à 500 000 € par jour, y compris le week-end et les jours fériés.
- Au-delà de 500 000 € : les ordres sont traités quotidiennement à 12h25 CET. Une demande passée avant ce cut-off un jour ouvré arrive le jour ouvré suivant (J+1), une demande passée après ou un jour non ouvré arrive le jour ouvré d’après (J+2). Il n’y a pas de plafond de retrait.
Cette liquidité change la façon de dimensionner le coussin laissé sur le compte courant. Si 500 000 € peuvent revenir dans la journée, il n’est plus nécessaire d’immobiliser une réserve importante à 0 % « au cas où ».
Ce que coûte la plateforme
Les frais de gestion sont de 0,30 % par an, contre 0,10 à 0,12 % pour un ETF monétaire classique logé en compte-titres. L’écart est donc d’environ 0,20 point, soit 200 € par an pour 100 000 € placés.
La question à se poser est simple : ce que vous achetez pour ces 200 €, c’est l’absence de compte-titres, le retrait instantané, l’API et le confort comptable. Pour une société dont les décaissements sont irréguliers, cela se rentabilise vite. Pour un particulier qui place une somme et la laisse dormir deux ans, un ETF monétaire en compte-titres reste moins cher.
Rendement : ce qu’il faut comprendre
Un fonds monétaire ne bat pas le marché, il le suit. Le rendement dépend des taux courts de la zone euro, donc de la politique de la BCE, moins les frais de gestion. Aucune plateforme ne peut faire mieux qu’une autre sur ce terrain : la seule variable réellement pilotable est le niveau de frais.
C’est pourquoi il ne faut pas choisir un fonds monétaire sur son rendement affiché à un instant donné : ce chiffre reflète les taux du moment et sera périmé quelques mois plus tard. Consultez plutôt l’€STR et la courbe des taux pour situer le niveau actuel des taux courts.
Fiscalité et comptabilité
Les fonds Spiko sont capitalisants : les intérêts des bons du Trésor sont réinvestis et augmentent la valeur de la part, sans versement de coupon.
Pour un particulier, seules les plus-values effectivement retirées sont imposables, au PFU de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux). Tant que les fonds restent investis, il n’y a pas d’imposition. Spiko fournit un IFU annuel. L’option pour le barème progressif reste possible.
Pour une société à l’IS, tous les gains sont imposables, y compris les plus-values latentes à la clôture. Comptablement, les retraits se comptabilisent en compte 767 pour la part de plus-value.
Pour le cadre général : fiscalité de l’épargne.
Sécurité : ce qui est couvert, ce qui ne l’est pas
C’est le point à comprendre avant de placer.
Un fonds monétaire n’est pas un dépôt bancaire. Il n’est donc pas couvert par le FGDR et ses 100 000 € par déposant. Cette garantie ne s’applique pas ici, quel que soit le montant.
Ce qui protège l’investisseur est d’une autre nature : les actifs du fonds sont conservés par un dépositaire distinct (CACEIS), séparés du bilan de Spiko. Si Spiko disparaissait, les bons du Trésor resteraient la propriété des porteurs de parts. Le cadre UCITS impose par ailleurs des règles de diversification et de contrôle, avec un audit externe assuré par PwC.
Le risque résiduel n’est donc pas un risque de faillite de la plateforme, mais un risque de marché : celui d’une défaillance d’un État de la zone euro, ou d’une crise de liquidité sur le marché monétaire. Historiquement faible, il n’est pas nul.
Les limites à connaître
- Pas d’enveloppe fiscale. Ni PEA ni assurance-vie : la détention se fait en direct, avec la fiscalité correspondante. Un fonds monétaire logé dans une assurance-vie de plus de 8 ans sera fiscalement plus efficace.
- Un acteur jeune. Créé en 2023, Spiko n’a pas traversé de crise majeure. L’agrément AMF et le dépositaire bancaire limitent le risque, mais l’historique reste court.
- Un créneau étroit. Si vos livrets réglementés ne sont pas pleins, le Livret A ou le LEP sont exonérés d’impôt et rapportent davantage en net. Spiko ne devient pertinent qu’au-delà.
Pour qui c’est pertinent
Oui, clairement : trésorerie d’entreprise, holding, SCI, freelance en société. L’absence de compte-titres, l’API et l’accès comptable répondent à des besoins réels et mal couverts par les banques traditionnelles.
Oui, sous conditions : particulier disposant de liquidités importantes, livrets réglementés déjà pleins, et qui privilégie la simplicité à l’optimisation des frais.
Non : particulier dont le Livret A ou le LEP ont encore de la capacité, ou investisseur à horizon long qui aurait intérêt à loger un monétaire dans une enveloppe fiscale.
Mon verdict sur Spiko
Spiko résout un problème réel : accéder à un fonds monétaire sans compte-titres, avec une liquidité quotidienne et des outils pensés pour la gestion de trésorerie. Les fonds T-Bills, composés uniquement de dette souveraine, sont plus prudents que la moyenne de la catégorie, l’API n’a pas d’équivalent grand public, et la publication en continu des encours tranche avec l’opacité habituelle du secteur.
Le prix de ce confort est assumé : 0,30 % de frais, soit environ deux fois un ETF monétaire classique. C’est justifié pour une société, moins pour un particulier qui n’utilisera ni l’API ni le multi-utilisateurs.
La réserve principale tient à la jeunesse de l’acteur, à l’absence d’enveloppe fiscale et à l’hétérogénéité croissante de la gamme. Le cadre réglementaire des fonds monétaires (UCITS, AMF, dépositaire CACEIS) est solide, mais un historique de cinq ans de plus rassurerait. Et la cohabitation, sous une même marque, de fonds souverains et d’un arbitrage sur futures crypto impose de vérifier précisément ce que l’on souscrit.
Note : 4/5 pour un usage trésorerie d’entreprise. Comptez un point de moins si vous êtes un particulier cherchant simplement à placer une épargne dormante : l’offre est bonne, mais vous payez des fonctionnalités que vous n’utiliserez pas.
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