Les acheteurs d’obligations : les investisseurs obligataires
Qui sont les acheteurs d’obligations ?
Les obligations sont surtout achetées par les institutions financières : banques, compagnies d’assurance, fonds de pension… Les particuliers ne représentent qu’une fraction marginale de la demande, ce qui distingue radicalement ce marché de celui des actions.
Chacun de ces acteurs achète pour une raison différente, et surtout sous des contraintes différentes. C’est ce qui explique la formation des prix sur ce marché.
Les banques
Les banques achètent des obligations pour gérer leur liquidité (les obligations sont particulièrement faciles à acheter et à revendre rapidement) et pour assurer une certaine stabilité à leur portefeuille d’actifs grâce à leur caractère prévisible.
S’y ajoute une contrainte réglementaire lourde : depuis Bâle III, les banques doivent détenir un matelas d’actifs liquides de haute qualité (le ratio LCR), et les obligations souveraines bien notées en constituent le support privilégié. Une part de leur demande est donc structurelle, indépendante du rendement offert.
Les assureurs
Les compagnies d’assurance et les fonds de pension investissent massivement dans des obligations pour obtenir des rendements stables et sécurisés.
Par exemple, un fonds de pension qui sait qu’il aura des pensions à verser pendant plusieurs décennies achète des obligations pour percevoir les intérêts qui lui permettront d’honorer ses engagements envers ses assurés et bénéficiaires.
C’est le principe de l’adossement actif-passif : on cherche à faire coïncider les échéances des obligations détenues avec le calendrier des sommes à verser. Un assureur qui doit décaisser dans quinze ans achète de la dette à quinze ans, ce qui neutralise le risque de taux : peu importe que le cours de l’obligation fluctue entre-temps, puisqu’elle sera remboursée au pair au moment voulu. Cette logique explique pourquoi les assureurs sont les principaux acheteurs des maturités très longues, que peu d’autres acteurs veulent porter.
En France, les fonds en euros de l’assurance-vie sont des acheteurs massifs d’obligations. C’est aussi ce qui explique leur inertie : un fonds en euros ne peut servir un rendement élevé que si son stock d’obligations, accumulé sur des années, a été acheté à des taux élevés. Il met plusieurs années à refléter une remontée des taux.
Les fonds d’investissement
Les fonds d’investissement cherchent à diversifier leurs portefeuilles et à équilibrer les risques en incluant des obligations, qui offrent souvent des rendements réguliers et prévisibles par rapport aux actions.
Par exemple, les fonds souverains, tels que ceux de la Norvège ou des Émirats Arabes Unis, investissent dans les obligations pour gérer les réserves de leurs pays et générer des revenus stables.
Les banques centrales
Même si ce n’est pas fondamentalement dans leur mandat, les banques centrales peuvent se retrouver à acheter des obligations dans le cadre des programmes de Quantitative Easing (assouplissement quantitif).
En achetant des obligations, elles contribuent à faire baisser les taux longs et ainsi à piloter la liquidité (faciliter le crédit, fournir de la liquidité aux détenteurs d’obligations afin de les inciter à investir dans des actifs plus risqués, etc).
Néanmoins, les banques centrales n’ont pas le droit d’acheter sur le marché primaire.
Les investisseurs particuliers
Les investisseurs particuliers participent également au marché des obligations, mais dans une très moindre mesure comparé aux institutions. En France, leur détention passe très majoritairement par des intermédiaires : fonds en euros, OPCVM et ETF obligataires, plutôt que par des titres détenus en direct.
Les rendements réguliers des obligations peuvent par exemple compléter des pensions de retraite. Détenir des obligations peut aussi diversifier un portefeuille d’actions, puisque les deux classes d’actifs évoluent souvent à l’opposé.
Le particulier a pourtant un atout que les institutions n’ont pas : il n’est contraint par personne. Aucun ratio réglementaire ne l’oblige à vendre une obligation dégradée, aucun comité ne lui impose un horizon, aucun client ne peut lui retirer ses encours au pire moment. Il peut donc porter une obligation jusqu’à son échéance et encaisser le pair, là où un gérant institutionnel sera parfois forcé de vendre à perte. C’est un avantage réel, à condition de l’exercer consciemment.
Ce que la composition du marché change pour vous
Savoir qui achète n’est pas une curiosité de spécialiste. Cette structure a trois conséquences directes sur votre façon d’investir.
Les prix sont faits par des professionnels, pas par la foule. Contrairement au marché actions, où les particuliers pèsent suffisamment pour créer des emballements, le marché obligataire est dominé par des institutions qui valorisent avec les mêmes modèles. Les écarts de prix injustifiés y sont donc rares et brefs. C’est une raison de fond pour ne pas espérer « battre le marché » obligataire par la sélection de titres.
Beaucoup d’acheteurs sont contraints, pas convaincus. Un assureur ou un fonds de pension achète parce que sa réglementation ou son passif l’y oblige, pas parce qu’il trouve le prix attractif. Cela crée des mouvements mécaniques : quand une obligation passe sous investment grade, des fonds entiers doivent vendre quelle que soit leur opinion, ce qui amplifie la baisse au-delà du raisonnable. Le particulier, lui, n’a aucune de ces contraintes. C’est son seul véritable avantage compétitif sur ce marché.
Le marché est taillé pour des tickets institutionnels. C’est la raison principale pour laquelle les obligations récentes affichent des nominaux de 100 000 €, inaccessibles en direct pour la plupart des particuliers. Ce n’est pas un hasard ni une exclusion volontaire : les émetteurs calibrent leurs émissions pour les acheteurs qu’ils visent.
De ce constat découle une conclusion pratique, développée dans une page dédiée : pour un particulier, le fonds ou l’ETF est le plus souvent la voie d’accès la plus réaliste au marché obligataire. → Obligations en direct ou ETF ?
Pour poursuivre la lecture
- Les émetteurs d’obligations : qui emprunte, en face de ces investisseurs
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