Nue-propriété de parts de SCPI

Rendement 3,2 à 4,5%/an actuariel (selon durée et décote négociée) aucun revenu distribué pendant la période
Risque 2 à 3 / 7 faible à modéré, conditionné à la qualité de la SCPI sous-jacente
Horizon 5 à 15 ans durée fixée contractuellement à l'entrée
Disponibilité faible marché secondaire quasi inexistant avant l'échéance
Capital garanti non dépend de l'évolution de la valeur de retrait de la SCPI
Mis à jour le 2026-03-30

En bref

La nue-propriété de parts de SCPI repose sur une mécanique simple : vous achetez des parts avec une décote importante (typiquement, 20 à 40% selon la durée) en échange de quoi vous ne percevez aucun loyer pendant une période déterminée (5 à 15 ans).

À l’issue, vous récupérez la pleine propriété automatiquement, sans frais ni formalité.

Ce n’est pas du tout un placement de revenu. Pendant toute la durée du démembrement, votre capital est placé en immobilier, mais ne produit rien.

L’intérêt est dans la décote initiale : acheter 75 000 € ce qui vaut 100 000 €, et reconstituer 100 000 € (ou plus si la SCPI se valorise) dix ans plus tard. La performance est différée, silencieuse, et fiscalement avantageuse. Le passage du temps crée la performance.

Pour qui ?

Pour les contribuables fortement fiscalisés (TMI ≥ 30%) qui n’ont pas besoin de revenus complémentaires immédiats. La décote reconstituée ne passe jamais par la case impôts sur le revenu ni prélèvements sociaux en cours de période, et les parts ne rentrent pas dans votre base IFI.

Verdict :

Pertinent pour un investisseur en phase de constitution ou de transmission de patrimoine, avec un TMI élevé et un horizon ≥ 8-12 ans. Inadapté si vous avez besoin de revenus réguliers ou si votre horizon n’est pas clairement défini.

C’est par exemple un bon placement si vous avez 55 ans, pas besoins de revenu aujourd’hui et une TMI élevée. En calant le remembrement sur votre date de départ à la retraite, les loyers commenceront à être versés au bon moment.


Comment ça marche : le démembrement temporaire

La pleine propriété découpée en deux droits

En droit français, la pleine propriété d’un bien peut être temporairement divisée en deux droits distincts :

  • L’usufruit (usus + fructus) : le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les fruits. Pour une SCPI, c’est le droit de toucher les loyers distribués pendant la période.
  • La nue-propriété : le droit de disposer du bien (le vendre, le transmettre), mais sans en percevoir les revenus pendant la période de démembrement.

À l’extinction de l’usufruit (fin de la période convenue), la pleine propriété se reconstitue automatiquement dans les mains du nu-propriétaire, sans aucun frais ni acte notarié.

Qui détient l’usufruit ?

Dans la quasi-totalité des opérations de démembrement SCPI proposées sur le marché, l’usufruitier est une personne morale : compagnie d’assurance (qui loge l’usufruit dans ses fonds en euros), société de capitalisation, ou fonds d’investissement. Ce n’est pas un autre particulier.

Ce point est important : l’usufruitier institutionnel valorise l’usufruit selon ses propres besoins de rendement et sa fiscalité. Il paie aujourd’hui la valeur actuelle des loyers futurs qu’il va percevoir et accepte que son placement vale 0 d’ici quelques années.

Vous, nu-propriétaire, payez le complément, et récupérez la totalité de la valeur à l’échéance.

Comment est calculée la décote ?

La clé de répartition nue-propriété / usufruit est calculée de manière actuarielle. L’usufruitier paie la valeur actuelle des loyers futurs, actualisée selon :

  • Le taux de distribution attendu de la SCPI (généralement 4 à 5%/an actuellement)
  • Son taux d’actualisation interne (coût de refinancement + prime de risque)
  • La durée du démembrement
  • L’offre et la demande pour cette SCPI en version démembrée (déséquilibre entre acheteurs de NP et acheteurs d’usufruit)

Ce qui détermine votre décote :

  • Plus la durée est longue, plus la décote est importante
  • Plus le rendement courant de la SCPI est élevé, plus la décote est importante
  • Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus la décote est faible

En effet, avec des taux d’intérêt élevés, l’usufruitier va actualiser plus fort, sa part sera donc plus faible.

Décotes typiques observées en 2025-2026 :

DuréeDécote nu-propriétaireRendement actuariel implicite (NAV stable)
5 ans15 à 20%3,2 à 4,5%/an
7 ans22 à 27%3,5 à 4,4%/an
10 ans30 à 37%3,5 à 4,4%/an
15 ans40 à 48%3,3 à 4,0%/an
r=(11d)1n1r = \left(\frac{1}{1 - d}\right)^{\frac{1}{n}} - 1

dd = décote, nn = durée en années. Hypothèse : valeur de retrait stable à l’échéance.

Exemple chiffré : une opération réelle

Parts de SCPI au prix de pleine propriété : 1 000 €/part. Durée du démembrement : 10 ans. Clé de répartition : 32% usufruit / 68% nue-propriété.

Vous achetez 100 parts en nue-propriété : 68 000 € (contre 100 000 € en pleine propriété).

L’usufruitier institutionnel achète l’usufruit pour 32 000 €. Il percevra les loyers pendant 10 ans — disons 5%/an, soit 5 000 €/an × 10 ans = 50 000 € brut. Actualisé, cela vaut ~32 000 € aujourd’hui. Affaire normale pour lui.

À l’échéance, trois scénarios selon l’évolution de la valeur de retrait :

ScénarioValeur de retrait à 10 ansVotre gain netRendement actuariel
SCPI stable100 000 €+32 000 €3,9%/an
SCPI valorisée (+15%)115 000 €+47 000 €5,4%/an
SCPI dépréciée (−15%)85 000 €+17 000 €2,2%/an
SCPI en forte baisse (−35%)65 000 €−3 000 €Perte

La décote initiale est un coussin — pas une garantie.


Les avantages fiscaux : l’essentiel de la proposition de valeur

Aucun revenu, aucune fiscalité en cours de période

Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez pas un euro de loyer. Par conséquent :

  • Zéro impôt sur le revenu sur les distributions SCPI
  • Zéro prélèvements sociaux (18,4%) sur ces revenus
  • La décote reconstituée ne supporte aucune imposition en cours de route

Pour un investisseur au TMI 45%, la charge fiscale normale sur une SCPI à 5%/an serait de 62,2% des revenus (45% IR + 18,4% PS). La nue-propriété fait sauter intégralement cette charge pendant toute la durée.

Impact concret : SCPI en pleine propriété vs en nue-propriété (TMI 45%, 10 ans, 100 000 € de valeur)

StratégieCapital investiRevenus bruts sur 10 ansFiscalité cumuléeEnrichissement net
Pleine propriété100 000 €~50 000 €~31 100 €~18 900 €
Nue-propriété68 000 €0 € distribué0 € en cours de période32 000 € latent à la reconstitution

La comparaison n’est pas directe (le nu-propriétaire n’a pas de cash-flow intermédiaire), mais le différentiel fiscal est massif pour les TMI élevés.

IFI nul pendant toute la période

C’est l’un des points les plus puissants pour les patrimoines soumis à l’IFI.

La règle est inscrite à l’article 968 du CGI : l’IFI est dû par l’usufruitier sur la valeur en pleine propriété. Le nu-propriétaire ne déclare rien à l’IFI sur les parts démembrées, pendant toute la durée du démembrement.

Exemple : vous possédez 300 000 € de SCPI en pleine propriété. IFI à 1,25% (tranche 1,3-2,57 M€) : 3 750 €/an. Si vous cédez l’usufruit pour 10 ans à un institutionnel, vous encaissez 32% × 300 000 € = 96 000 € cash immédiat, et les 300 000 € sortent totalement de votre base IFI pendant 10 ans.

Économie IFI cumulée potentielle : 3 750 € × 10 = 37 500 € — soit plus que la “perte” des loyers après impôts pour un TMI 45%.

Cette opération (vente de l’usufruit de SCPI existantes à un institutionnel) est souvent proposée par les CGP aux patrimoines IFI significatifs. Elle ne nécessite pas d’achat de nouvelles parts — elle restructure des parts existantes.

La fiscalité à la sortie : plus-value immobilière avec abattements

Quand vous vendez vos parts après reconstitution de la pleine propriété, la plus-value suit le régime des plus-values immobilières (car les SCPI détiennent de l’immobilier) :

  • Prix de revient : ce que vous avez payé pour la nue-propriété (ex. 68 000 €)
  • Taux brut : 19% IR + 18,4% PS = 36,2%
  • Abattements pour durée de détention (comptée depuis l’achat de la nue-propriété) :
Durée de détentionAbattement IRAbattement prélèvements sociaux
Moins de 6 ans0%0%
6 à 21 ans6%/an1,65%/an
Année 224%1,6%
23 à 30 ansexonéré IR9%/an
Au-delà de 30 ansexonéré IRexonéré PS

Pour une détention totale de 12 ans (achat nue-propriété il y a 12 ans, revente 2 ans après reconstitution) :

  • Abattement IR : 6 années × 6% = 36% → taux IR effectif : 19% × 64% = 12,2%
  • Abattement PS : 6 années × 1,65% = 9,9% → taux PS effectif : 18,4% × 90,1% = 15,5%
  • Fiscalité totale : 27,7% de la plus-value brute (contre 36,2% sans abattements)

Avec 22 ans de détention (durée de nue-propriété + quelques années de pleine propriété), la plus-value est totalement exonérée d’IR. À 30 ans, exonération totale PS. La nue-propriété devient une stratégie de capitalisation quasi-exonérée si l’horizon est long.

Cas spécial : la donation de nue-propriété à vos enfants

Si vous achetez la nue-propriété puis la donnez à vos enfants (ou leur faites acheter directement), les droits de donation sont calculés sur la valeur fiscale de la nue-propriété, non sur la pleine propriété. Cette valeur est fixée par barème fiscal selon l’âge de l’usufruitier et la durée.

À l’extinction de l’usufruit, vos enfants récupèrent la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire. C’est l’un des leviers de transmission les plus efficaces du droit français — transmettez aujourd’hui 68 € et vos enfants récupèrent 100 € (ou plus) demain, sans friction fiscale intermédiaire.


Les risques : regarder les chiffres en face

1. La dépréciation de la valeur de retrait

C’est le risque principal et le plus souvent sous-estimé. Si la SCPI vaut moins à la reconstitution que ce que vous avez payé, vous êtes en perte — malgré la décote initiale.

La correction de 2023 n’est pas un événement rare. La remontée des taux directeurs de 0% à 4% en 18 mois a forcé une réévaluation brutale de l’immobilier de bureau, de commerce et de bureaux :

SCPIBaisse de valeur de retrait (2023)
Primopierre (Primonial)−14,5%
Edissimmo (Amundi)−17%
PFO2 (Perial)−16%
Immorente (Sofidy)−7%
Opus Real Estate (Sofidy)−8,6%

Pour un nu-propriétaire qui avait acheté avec une décote de 30% sur Edissimmo, une baisse de 17% de la valeur de retrait ramène le rendement actuariel de ~3,9%/an à environ 2,1%/an — avant fiscalité sur la plus-value résiduelle.

La décote amortit le choc, mais ne le neutralise pas. Elle joue le rôle d’un coussin de sécurité, pas d’une garantie.

2. L’illiquidité amplifiée

Les parts de SCPI en nue-propriété sont moins liquides que des parts en pleine propriété — déjà peu liquides. Les acheteurs potentiels sur le marché secondaire sont rares (ils n’encaissent pas les loyers jusqu’à la reconstitution). En cas de besoin de liquidités avant l’échéance :

  • Vous pouvez chercher un acheteur de nue-propriété — délais de 6 à 18 mois, décote supplémentaire probable
  • Vous pouvez tenter de revendre à la société de gestion — rares sont celles qui rachètent la nue-propriété
  • Vous pouvez nantir les parts — certaines banques acceptent les SCPI en nue-propriété comme garantie, avec un coefficient restrictif

Règle pratique : traitez ce placement comme du capital bloqué jusqu’à l’échéance. N’y mettez que des fonds dont vous n’aurez pas besoin.

3. Le risque propre à la SCPI choisie

La nue-propriété amplifie l’importance de la qualité de la SCPI. Vous ne pouvez pas “sortir” si la situation se dégrade. Tous les risques d’une SCPI classique s’appliquent :

  • Vacance locative : si les loyers baissent, la valeur de retrait baisse — vous en subissez 100% des conséquences
  • Risque sectoriel : bureaux parisiens (télétravail), commerce de périphérie (e-commerce), santé, logistique — chaque secteur a son profil de risque propre
  • Risque de levier : les SCPI endettées voient leur valeur d’actif nette compressée quand les taux montent. C’est exactement ce qui s’est passé en 2022-2024
  • Risque de gestion : la société de gestion prendra des décisions d’allocation sur 10-15 ans sans que vous puissiez intervenir

4. Le coût d’opportunité en cas de remontée des taux

Pendant la durée du démembrement, votre capital est immobilisé sans générer de flux. Si les taux d’intérêt montent et que le Livret A passe à 4%, votre rendement actuariel de 3,5%/an devient relatif. Vous ne pouvez pas sortir ou replacer — l’engagement est contractuel.

Ce coût d’opportunité est symétrique : si les taux baissent et que le Livret A revient à 1%, votre 3,5%/an devient attractif. La nue-propriété est un pari sur la durée longue, dont la valeur relative fluctue avec l’environnement de taux.


Avantages et inconvénients

Les plus :

  • Rendement actuariel de 3 à 4,5%/an pour un capital non exposé à la volatilité boursière
  • Zéro IR et PS sur les revenus pendant toute la période : avantage massif pour les TMI ≥ 30%
  • IFI nul pour le nu-propriétaire : l’un des rares moyens de sortir de l’immobilier de l’assiette IFI sans vendre
  • Abattements progressifs sur les plus-values immobilières à la sortie : taxation décroissante avec la durée
  • Outil de transmission puissant : donation de nue-propriété, reconstitution sans droits supplémentaires
  • Mise en œuvre simple : achat direct auprès des sociétés de gestion, pas de gestion opérationnelle

Les moins :

  • Zéro revenu pendant toute la période : capital mobilisé sans cash-flow — problème réel si vos besoins évoluent
  • Risque de dépréciation de la valeur de retrait : la correction de 2023 l’a rappelé brutalement
  • Illiquidité amplifiée : sortie avant terme difficile, coûteuse, voire impossible
  • Horizon contractuellement contraint : impossible de “prolonger” si le marché se retourne juste avant l’échéance
  • Sélection de la SCPI encore plus critique qu’en pleine propriété : une mauvaise SCPI en nue-propriété est une erreur dont vous ne pouvez pas vous extraire
  • Fiscalité à la sortie non nulle : plus-value immobilière avec taux brut de 36,2% (atténuée mais pas nulle avant 22 ans)

Fiscalité

Pendant la période de démembrement

ImpôtTraitement pour le nu-propriétaire
IR sur revenus SCPINéant — aucun loyer perçu
Prélèvements sociaux (18,4%)Néant — même raison
IFINéant — dû par l’usufruitier (article 968 CGI)
Impôt sur les plus-values latentesNéant — aucun fait générateur en cours de période

À la reconstitution de la pleine propriété

La reconstitution elle-même n’est pas un fait générateur d’imposition. Vous devenez plein propriétaire sans impôt supplémentaire. Aucune plus-value n’est constatée à ce stade.

À la vente des parts (post-reconstitution)

Régime des plus-values immobilières des parts de sociétés à prépondérance immobilière :

  • Prix de revient : prix d’acquisition de la nue-propriété (frais de souscription inclus)
  • Taux de base : 19% IR + 18,4% PS
  • Surtaxe : de 2% à 6% si la plus-value nette dépasse 50 000 € (barème progressif applicable aux plus-values immobilières importantes)
  • Abattements : voir tableau section fiscalité ci-dessus, durée comptée depuis l’achat de la nue-propriété

Ce que ça change par rapport à une SCPI en pleine propriété :

La SCPI en pleine propriété distribuait des revenus taxés à 36,2% ou 62,2% selon le TMI, mais la plus-value finale bénéficiait des mêmes abattements. En nue-propriété, vous avez économisé toute la fiscalité sur les revenus intermédiaires — mais votre prix de revient est plus bas (vous avez payé 68 € au lieu de 100 €), donc votre plus-value brute à la sortie sera plus élevée. L’arbitrage est presque toujours favorable pour les TMI ≥ 30% et les durées longues.

Pour une vue d’ensemble de la fiscalité de l’épargne : Fiscalité de l’épargne — guide complet.


Enveloppes compatibles

La nue-propriété de parts de SCPI est principalement un investissement en direct.

EnveloppeDisponible ?Remarque
Souscription directeOui — mode standardFiscalité plus-values immobilières
Assurance-vieTrès rareQuelques contrats permettent des SCPI en UC, mais le démembrement en AV reste marginal et complexe
PEANonLes SCPI ne sont pas éligibles PEA
PERNon en pratiqueQuelques PER assurantiels acceptent des SCPI en UC mais pas en démembrement
CTONonLes parts de SCPI ne sont pas des valeurs mobilières cotées

Conséquence : les avantages fiscaux de la nue-propriété (zéro IR sur revenus, zéro IFI) sont propres au mécanisme lui-même — ils ne nécessitent pas d’enveloppe supplémentaire. Pour les profils concernés (TMI élevé, IFI), l’investissement direct est le mode optimal.


Rendement : les chiffres derrière la décote

Le calcul actuariel

Le rendement actuariel de la nue-propriété se calcule simplement, en supposant la valeur de retrait stable à l’échéance :

r=(11d)1n1r = \left(\frac{1}{1 - d}\right)^{\frac{1}{n}} - 1

Exemples :

DécoteDuréeRendement actuariel (NAV stable)
20%5 ans4,6%/an
25%7 ans4,0%/an
32%10 ans3,9%/an
40%12 ans3,9%/an
45%15 ans3,8%/an

Passé 10-12 ans, le rendement actuariel progresse peu car les décotes supplémentaires compensent à peine la durée plus longue. Le point optimal risque/durée/rendement se situe souvent autour de 7 à 10 ans.

Comment les taux d’intérêt influencent les décotes

La relation n’est pas intuitive. Quand les taux d’intérêt montent :

  1. L’usufruitier institutionnel actualise les loyers futurs à un taux plus élevé → l’usufruit vaut moins aujourd’hui
  2. La clé de répartition se rééquilibre → la décote nu-propriétaire diminue
  3. Paradoxalement, la remontée des taux de 2022-2024 a comprimé les décotes de quelques points

En pratique, les décotes 10 ans qui atteignaient 35-40% en 2019 (taux zéro, SCPI à 5-6%) sont redescendues à 28-34% en 2025-2026. Mais la baisse des taux directeurs BCE (−175 points de base depuis 2024) commence à reconstituer les décotes progressivement.

Comparaison avec les alternatives principales

PlacementRendement net (TMI 45%)LiquiditéRisque capital
Nue-propriété SCPI 10 ans~3,0 à 3,5% actuariel net*FaibleModéré (dépend SCPI)
SCPI pleine propriété~1,9 à 2,5%/an netModéréeIdentique
Fonds en euros~2,1 à 2,8%/an netBonneQuasi nul
OAT 10 ans~1,8%/an netTrès bonneTrès faible
Livret A2,4%/an net (exonéré)ImmédiateNul
OPCVM obligataireVariableBonneFaible à modéré

*Net = après fiscalité sur plus-value à 10 ans (36,2% brut × 76% après 4 années d’abattement IR = ~27,5% effectif sur la plus-value).

Pour les TMI ≥ 41%, la nue-propriété surperforme nettement la SCPI en pleine propriété et les placements à revenu courant en rendement net d’impôt. Pour les TMI ≤ 15% qui ont besoin de revenus, le fonds en euros ou l’OPCVM monétaire sont plus adaptés.


Pour qui ?

La nue-propriété est adaptée si :

  • Votre TMI est ≥ 30%, idéalement 41% ou 45% : c’est là que l’évitement de la fiscalité sur les revenus a le plus d’impact — en dessous, l’avantage s’efface
  • Vous n’avez pas besoin de revenus complémentaires dans les prochaines années : constitution de patrimoine en milieu de carrière, remploi d’un capital, période de revenus élevés avant la retraite
  • Vous êtes assujetti à l’IFI et cherchez à alléger votre base imposable sans vendre
  • Vous avez un projet de transmission : la nue-propriété achetée pour être donnée à vos enfants est l’une des stratégies les plus efficaces fiscalement en France
  • Votre horizon est ≥ 8-12 ans (durée du démembrement + quelques années pour bénéficier des abattements sur les plus-values)

La nue-propriété n’est PAS adaptée si :

  • Vous avez besoin de revenus immédiats ou réguliers : le revenu courant est nul pendant toute la période, sans exception
  • Votre TMI est ≤ 11 ou 15% : l’avantage fiscal sur les revenus est marginal, le rendement actuariel comparé à un fonds en euros ou un Livret A est peu convaincant
  • Vous n’êtes pas certain de votre horizon : revente anticipée quasi impossible sans décote supplémentaire significative
  • Vous investissez dans une SCPI dont vous ne maîtrisez pas la qualité : une mauvaise SCPI en nue-propriété transforme une stratégie fiscale en piège — vous ne pourrez pas sortir si les fondamentaux se dégradent
  • Ce placement représenterait plus de 25-30% de votre patrimoine total : la concentration sur un actif illiquide et non distribuant est imprudente

Comment souscrire

Trois voies d’accès

1. Directement auprès des sociétés de gestion SCPI

La plupart des grandes maisons (Primonial, Sofidy, Corum, La Française, Iroko, Perial, Alderan, Kyaneos…) proposent périodiquement des opérations de démembrement à durée fixe sur leurs fonds phares. Les clés de répartition sont définies à l’avance et s’appliquent à tous les souscripteurs de l’opération.

2. Via des CGP ou plateformes spécialisées

Des plateformes comme France SCPI, Louve Invest ou Meilleurtaux Placement référencent les opérations disponibles avec les clés actualisées. Un CGP spécialisé peut vous aider à identifier les SCPI dont le profil de risque correspond à votre horizon et votre situation.

3. Sur le marché secondaire

Rare, mais possible : racheter des parts en nue-propriété à un autre investisseur. Les conditions sont négociables mais la liquidité est quasi nulle et les délais imprévisibles.

Les questions à poser avant de souscrire

Avant de valider une opération de nue-propriété, vérifiez systématiquement :

  1. Quelle est la valeur de retrait actuelle de la SCPI ? Elle peut différer du prix de souscription — c’est la valeur de retrait (prix net de sortie) qui conditionne votre gain réel à l’échéance, pas le prix de souscription.

  2. La SCPI a-t-elle baissé sa valeur de retrait au cours des 3 dernières années ? Les corrections de 2023 ont révélé les fragilités structurelles de nombreux fonds. Une SCPI qui a déjà baissé peut avoir absorbé la correction ou être en déclin structurel — les deux lectures sont possibles.

  3. Quel est le taux d’occupation financier (TOF) moyen sur 3 ans ? Un TOF < 90% signal une vacance locative structurelle. Un TOF > 95% est gage de revenus stables pour l’usufruitier — et de valeur de retrait défendue.

  4. Le secteur immobilier est-il diversifié ? Bureaux parisiens, logistique, santé, commerce, résidentiel — chaque secteur réagit différemment aux cycles économiques. Méfiez-vous des SCPI mono-secteur.

  5. Les frais de souscription sont-ils inclus dans la clé de répartition ? Les frais de souscription (7 à 12% en général) diluent votre rendement actuariel. Vérifiez si la décote annoncée s’entend “part achetée” (frais inclus) ou “prix de souscription” (hors frais). Un écart de 10% de frais réduit votre rendement actuariel de ~1 point.


Ce qu’il faut retenir

  1. La nue-propriété est une stratégie fiscale avant d’être une stratégie de rendement. Pour un TMI 45%, le différentiel de fiscalité sur les revenus SCPI sur 10 ans peut représenter 20 à 30 points de performance comparé à la pleine propriété. C’est là que se joue l’essentiel.

  2. La qualité de la SCPI sous-jacente est encore plus critique qu’en pleine propriété. Vous êtes engagé pour 10-15 ans sans possibilité de sortir. Une SCPI médiocre dont la valeur de retrait s’érode efface la décote initiale. Votre ennemi sera la distribution de revenus. Votre objectif sera la valorisation du patrimoine et la constitution de réserves.

  3. Ce n’est pas un placement à capital garanti. La décote protège partiellement contre une dépréciation de la NAV, mais mais une correction de l’ampleur de 2023 peut quand même réduire la performance à presque rien, voire générer une perte en capital si la baisse dépasse la décote. Vous risquez également d’avoir placé à 0% (ou moins) pendant des années sur un support illiquide.


Alternatives à profil similaire (capital bloqué, rendement connu à l’avance) : Compte à terme · Obligations zéro coupon · OPCVM à échéance