Que faire quand les taux baissent
Maximiser la duration pour profiter d’une baisse des taux longs
Si l’on anticipe une baisse des taux longs, le moyen le plus efficace pour monétiser cette anticipation est d’acheter des obligations à la [duration]/def/duration/ la plus élevée.
Ce sont donc des obligations :
- à la maturité la plus longue possible
- au coupon le plus bas possible, idéalement [zéro coupon]/def/obligation-zero-coupon/.
Cela revient aussi à maximiser le risque de taux
Attention, la sensibilité forte fonctionne dans le deux sens !
Si l’on prend l’exemple de l’[obligation autrichienne 100 ans]/bond/AT0000A1XML2/, avec sa [sensibilité]/def/sensibilite/ proche de 40, elle gagne 40% chaque fois que les taux baissent de 1%, mais perd 40% lorsqu’ils montent de 1% (environ, et à la convexité près).
Emise à 100, elle a grimpé jusqu’à 225% lorsque les taux sont passé de 2% à des valeurs négatives. Mais elle a ensuite perdu 75% de sa valeur pour atteindre environ 60% suite à la rapide montée des taux de 2023. Même si ce n’est pas une zéro coupon, c’est un excellent instrument pour jouer une baisse des taux.
Elle ne retournera probablement pas à 225% (il faudrait que les taux retournent dans le négatif), mais retournera tôt ou tard à 100%.
Il faut donc être à l’aise avec le risque de volatilité… Ou pouvoir les conserver jusqu’à échéance et subir le manque à gagner si l’on est « scotché » avec un taux bas dans un environnement de taux plus élevés.
Bien sûr, vous n’êtes pas obligés d’acquérir une obligation à un siècle… Une obligation ou un ETF à 10, 20 ou 30 ans peut parfaitement faire l’affaire. Tout dépend de la force de votre conviction et de l’amplitude des mouvements que vous souhaitez.
Les actions de certains secteurs sont aussi sensibles aux taux
Les secteurs de l’immobilier, des utilities (services aux collectivités) ou des banques ont tendance à bien se comporter en période de baisse des taux, avec toutefois quelques subtilités :
-
L’immobilier profite des baisses des taux, de la même façon que les obligations. Non seulement la valeur actualisée des flux futurs est supérieure grâce au calcul d’actualisation, mais les loyers sont cosmétiquement plus attractifs en période de taux bas, ce qui rend ces valeurs attractives aux yeux des investisseurs. En outre, les taux bas ont tendance à resolvabiliser les locataires.
-
Les utilities (sociétés de fourniture d’eau, de gaz…) fonctionnent un peu comme des rentes ou des [obligations perpétuelles]/def/obligation-perpetuelle/. La baisse des taux leur est favorable car elle creuse l’écart entre les flux qu’elles perçoivent des clients et leur coût de financement.
-
Les banques profitent surtout de l’écart entre les taux longs et les taux courts (la pente de la [courbe des taux]/def/courbe-des-taux/). En effet, elles financent à court terme les prêts qu’elles accordent à long terme. Une baisse des taux concentrée sur les échéances courtes (baisse des [taux directeurs]/def/taux-directeurs/) leur est donc favorable (on parle alors de [pentification de la courbe des taux]/def/pentification-courbe-des-taux/). En outre, les baisses des taux ont tendance à dynamiser le crédit, donc à augmenter le volume d’affaires, tant parle nombre d’emprunteurs que par le volume emprunté. Cependant, une baisse des taux longs uniquement ([aplatissement de la courbe]/def/aplatissement-courbe-des-taux/) est néfaste pour la marge du secteur bancaire.
Le taux facial ne doit jamais être un critère de sélection
Vendre des obligations au seul motif que leur taux facial est inférieur à celles nouvellement émises n’est pas une raison valable.
Rappelons que le taux facial est le taux qui détermine les coupons de l’obligation. Par exemple, une obligation de nominal 1000 € et de taux facial 6% distribue des coupons de 60 € chaque année. Mais c’est le taux actuariel, qui détermine combien rapporte réellement l’obligation : ce dernier tient compte de la durée qui sépare de l’échéance, et de l’éventuel gain ou perte réalisée lorsque le cours est différent du prix de remboursement (voir la [définition du taux actuariel ici]/def/taux-actuariel/).
Si vous vendez vos obligations aujourd’hui, vous ferez une moins-value. Et c’est normal : l’acheteur exigera une décote pour tenir compte du différentiel de coupon. Autrement dit, le prix de vos obligations s’est déjà ajusté, de façon à offrir, à l’avenir, un rendement équivalent aux nouvelles. Il n’y a donc aucun intérêt.
Pour un même émetteur et une même maturité, les obligations ont généralement toutes le même taux actuariel. Si les maturités sont similaires, les anciennes obligations ont le même taux actuariel que les nouvelles obligations, grâce à la décote qui s’est créée.
Certes, vos obligations rapportent 4% de coupons, mais elles se traitent aujourd’hui avec une décote. Conserver les obligations, c’est profiter de la réduction de cette décote. Vendre vos obligations, c’est la figer.
Vendre une obligation à taux actuariel 6% pour acheter une obligation à taux actuariel 6% n’est donc pas intéressant !
Et si les maturités sont différentes ? Alors la réponse n’est plus la même
Cependant, vous pouvez tout de même avoir intérêt à vendre vos obligations.
Voici un exemple : si l’obligation n’a plus qu’un an ou deux de maturité, il est possible que son taux facial soit faible (le “restant à gagner” est faible), surtout si la [courbe des taux]/def/courbe-des-taux/ est pentue.
Il peut être alors intéressant de rallonger la maturité en achetant des obligations plus longues. Cela sera probablement plus rentable, mais pas à risque équivalent comme pourrait le suggérer le banquier, puisque vous augmentez le risque.
En effet, deux facteurs de risque augmentent alors :
- le risque de taux (durée plus longue = [sensibilité]/def/sensibilite/ de l’obligation plus élevée, et donc risque supérieur des moins-values si vous vendez en cours de route),
- le risque de crédit (durée plus longue = plus grande probabilité de défaut de l’émetteur).
L’opportunité dépendra de facteurs personnels. Il faut réévaluer vos besoins (êtes vous prêt à vous engager à nouveau sur une durée longue ?) pour savoir si c’est pertinent.